Banque & crédit
Frais de tenue de compte 2026 : la hausse et comment y échapper
· Julien Juchereau
Les frais de tenue de compte augmentent plus vite que le reste de votre facture bancaire, et la quasi-totalité des banques les prélèvent désormais. Selon la CLCV et l’Observatoire des tarifs bancaires, cette ligne coûte entre 22 et 25 euros par an en moyenne, et jusqu’à 40 euros. Voici les montants réels, les plafonds légaux et les leviers pour alléger la note.
L’essentiel
- Les frais de tenue de compte atteignent 22,39 € par an en moyenne selon l’Observatoire des tarifs bancaires (+3,71 %), et 24,64 € hors exonération selon la CLCV (+6,39 %).
- L’ensemble des tarifs bancaires progresse de 2,7 % entre février 2025 et février 2026, soit trois fois l’inflation générale (0,9 %).
- Le package n’est financièrement avantageux que dans 26,37 % des banques pour un « consommateur moyen », selon l’enquête CLCV 2026.
- Les commissions d’intervention sont plafonnées à 8 € par opération et 80 € par mois, et à 4 € et 20 € avec l’offre spécifique clientèle fragile.
- Le service d’aide à la mobilité bancaire est gratuit : la nouvelle banque prévient elle-même vos créanciers, en 22 jours ouvrés.
Les frais de tenue de compte sont la somme que votre banque prélève chaque année, ou chaque trimestre, simplement pour gérer votre compte courant — indépendamment de votre carte, de vos virements ou de vos incidents. Longtemps marginale, cette ligne s’est généralisée : l’enquête tarification bancaire 2026 de la CLCV, qui a comparé les brochures de 107 établissements au 1er février 2026, constate que quasiment tous les établissements la facturent aujourd’hui.
Frais de tenue de compte : combien vous payez vraiment en 2026
Deux études font autorité, et elles ne mesurent pas la même chose. L’Observatoire des tarifs bancaires, dont le rapport annuel a été publié le 30 juin 2026, retient un coût moyen de 22,39 euros par an, en hausse de 3,71 %. Son panel couvre 102 établissements, dont 45 ont relevé ce tarif.
La CLCV mesure, elle, le tarif maximal affiché en brochure, hors exonérations : sur cette base, les frais s’établissent en moyenne à 24,64 euros par an, en hausse de 6,39 %, avec une augmentation dans 60 des 91 établissements métropolitains de son panel. Les écarts sont considérables : de 0 euro au Crédit Coopératif et au Crédit Agricole Normandie Seine, à 40 euros au LCL pour les clients qui n’y domicilient pas leurs revenus.
Une facture qui grimpe trois fois plus vite que l’inflation
Les frais de tenue de compte ne sont pas un cas isolé. Sur l’ensemble des services bancaires, l’Observatoire des tarifs bancaires relève une hausse de 2,7 % entre février 2025 et février 2026, contre 0,9 % d’inflation générale. Les virements en agence enregistrent la plus forte progression, 5,37 % en moyenne, et coûtent 5,30 euros quand le même virement en ligne est gratuit.
La CLCV aboutit à un ordre de grandeur voisin, environ 3 % en métropole. Son « panier » annuel revient à 71,71 euros pour un petit consommateur, 135,45 euros pour un consommateur moyen (+3,77 %) et 221,16 euros pour un gros consommateur. Les cartes bancaires augmentent de 2,07 % à 2,29 % selon le type, et les retraits aux distributeurs concurrents se renchérissent, le nombre de retraits gratuits inclus diminuant.
Réseaux nationaux, mutualistes, banques en ligne : des écarts considérables
Pour des services identiques, la facture varie énormément. Pour le profil « consommateur moyen », la CLCV relève des montants allant d’environ 95 euros à plus de 191 euros par an en tarification à la carte. Parmi les cinq banques à réseau national étudiées, le Crédit Coopératif ressort à 109,50 euros et BNP Paribas à 120,60 euros, contre 157,69 euros au LCL et 173,20 euros à SG. Côté mutualistes, plusieurs caisses du Crédit Agricole figurent parmi les moins chères, mais les grilles diffèrent d’une caisse régionale à l’autre : votre département compte.
Les banques en ligne restent nettement moins chères : la CLCV relève un panier gratuit sur ses trois profils chez Fortuneo, et des cartes gratuites chez Boursobank sous réserve d’un paiement par mois. Deux réserves toutefois : il faut être à l’aise avec une relation à distance, le recours à un conseiller pouvant être facturé, et lire les conditions attachées à la gratuité. Chez BforBank, la carte BforBasic exige au moins un paiement ou un retrait par mois, faute de quoi 2 euros mensuels s’appliquent.
Négocier : l’exonération existe, mais elle est conditionnelle
Avant tout rendez-vous, munissez-vous du récapitulatif annuel des frais bancaires, que votre banque doit vous adresser chaque année en janvier au titre de l’article L. 314-7 du code monétaire et financier. Il distingue les frais d’abonnement, d’opérations et d’incident : c’est la seule photographie exhaustive de ce que votre compte vous coûte.
Sur les frais de tenue de compte, la CLCV observe que plusieurs banques prévoient une exonération totale ou partielle sous condition : détenir une carte bancaire de l’établissement, opter pour les relevés dématérialisés, ou domicilier ses revenus sur le compte. Certaines caisses appliquent aussi des critères d’âge. Demandez explicitement lesquels existent chez vous et lesquels vous remplissez déjà sans le savoir. Attention : rien n’oblige une banque à accorder un geste commercial, ces tarifs étant fixés librement en dehors des frais encadrés par la loi.
Le package : une bonne affaire dans un cas sur quatre seulement
L’offre groupée de services est proposée par 90 des 91 établissements métropolitains du panel CLCV. L’argument commercial est simple, le calcul l’est moins. Pour le profil « petit consommateur », le package n’est avantageux que dans 5 banques ; pour le « consommateur moyen », dans 26,37 % des cas seulement ; il faut atteindre le « gros consommateur » pour qu’il devienne intéressant dans 47,25 % des établissements.
Si vous utilisez peu de services, vous payez donc probablement pour des prestations que vous n’employez jamais : assurances de moyens de paiement, alertes, garanties liées à une carte haut de gamme. La démarche est simple : listez vos usages réels sur douze mois grâce au récapitulatif annuel, puis demandez le chiffrage à l’unité des mêmes services. La CLCV signale aussi des formules à environ 2 euros par mois, avec une carte à autorisation systématique.
Frais d’incident et clientèle fragile : ce que la loi plafonne
Contrairement aux frais de tenue de compte, plusieurs frais d’incident sont encadrés, pour tout le monde. L’article R. 312-4-1 du code monétaire et financier plafonne les commissions d’intervention — prélevées quand la banque examine une opération qui met le compte en dépassement — à 8 euros par opération et 80 euros par mois par compte. La CLCV constate que la quasi-totalité des banques applique ce maximum, la commission étant gratuite chez BforBank, Boursobank, Hello Bank et Fortuneo.
Un second niveau de protection existe pour les personnes en situation de fragilité financière. Selon l’Institut national de la consommation, sont notamment concernées les personnes dont le dossier de surendettement est recevable, celles inscrites au fichier central des chèques depuis plus de trois mois, ou celles qui connaissent cinq incidents ou plus par mois. Deux régimes s’appliquent :
- Si votre banque vous a identifié comme fragile, vos frais d’incident sont plafonnés à 25 euros par mois, sans démarche de votre part.
- Si vous souscrivez l’offre spécifique clientèle fragile qu’elle doit vous proposer, le plafond descend à 20 euros par mois et 200 euros par an, et les commissions d’intervention tombent à 4 euros par opération et 20 euros par mois (article R. 312-4-2 du code monétaire et financier).
- Cette offre est facturée 3 euros par mois maximum, hors frais d’incident, et comprend notamment une carte à autorisation systématique et des alertes sur le solde.
Vous êtes libre de l’accepter, de la refuser et de la résilier à tout moment. En pratique, elle coûte souvent moins que le plafond : l’Observatoire des tarifs bancaires relève un coût moyen d’environ 12 euros par an, loin des 36 euros annuels autorisés, et la CLCV recense 64 établissements qui ne la facturent pas.
Partir : le mandat de mobilité fait le travail à votre place
Si la négociation n’aboutit pas, changer de banque est plus simple qu’avant. Depuis la loi Macron de 2015, codifiée à l’article L. 312-1-7 du code monétaire et financier, le service d’aide à la mobilité bancaire est gratuit et repose sur un mandat signé auprès de votre nouvelle banque. C’est elle qui récupère la liste de vos prélèvements et virements récurrents des treize derniers mois, puis prévient vos employeurs, fournisseurs et organismes sociaux.
Le calendrier est fixé : la nouvelle banque a 2 jours ouvrés pour interroger l’ancienne, qui a 5 jours ouvrés pour répondre ; elle dispose ensuite de 5 jours ouvrés pour transmettre vos coordonnées aux émetteurs, lesquels ont 10 jours ouvrés pour en tenir compte — soit 22 jours ouvrés à compter d’un dossier complet. Deux limites : le dispositif ne couvre que le compte de dépôt, donc livrets, PEL, PEA, assurance-vie et crédits sont à traiter séparément ; et ne fermez pas l’ancien compte trop vite, le temps que vos chèques soient débités.
Vos questions, nos réponses
Peut-on refuser de payer les frais de tenue de compte ?
Non : ils figurent dans la convention de compte et la brochure tarifaire, et les banques les fixent librement. En revanche, plusieurs établissements prévoient une exonération totale ou partielle si vous détenez une carte de la banque, optez pour les relevés dématérialisés ou y domiciliez vos revenus, selon la CLCV. Demandez à votre conseiller les conditions applicables chez vous.
Combien de temps faut-il pour changer de banque ?
Le service d’aide à la mobilité bancaire prévoit un délai global de 22 jours ouvrés à partir du moment où votre dossier d’ouverture est complet dans la nouvelle banque. Il est gratuit et repose sur un mandat de mobilité signé. Attention, il ne concerne que le compte courant : livrets, épargne logement, assurance-vie et crédits restent à gérer séparément.
Quel est le plafond légal des frais d’incident bancaire ?
Les commissions d’intervention ne peuvent pas dépasser 8 euros par opération et 80 euros par mois et par compte, selon l’article R. 312-4-1 du code monétaire et financier. Avec l’offre spécifique clientèle fragile, elles tombent à 4 euros et 20 euros, et les frais d’incident sont limités à 20 euros par mois et 200 euros par an — contre 25 euros par mois pour les personnes identifiées comme fragiles sans avoir souscrit l’offre.