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Retard de train : obtenir un vrai remboursement, pas un bon d’achat

· Julien Juchereau

Retard de train : obtenir un vrai remboursement, pas un bon d'achat

Votre train est arrivé avec deux heures de retard, et la SNCF vous propose un bon d’achat valable un an. C’est une possibilité, pas une obligation : le règlement européen prévoit que l’indemnisation soit versée en argent si vous le demandez. Encore faut-il savoir ce qui relève du droit, ce qui relève du geste commercial, et quels trains sont réellement couverts.

L’essentiel

  • Le règlement (UE) 2021/782, applicable depuis le 7 juin 2023, fixe l’indemnisation minimale à 25 % du prix du billet pour un retard de 60 à 119 minutes et 50 % à partir de 120 minutes.
  • Ce texte précise que l’indemnisation « est payée en espèces à la demande du voyageur ». Le bon d’achat est une option, que vous pouvez refuser.
  • La Garantie G30 de la SNCF est une garantie commerciale, plus généreuse (dès 30 minutes, jusqu’à 75 %), mais elle ne remplace pas vos droits européens.
  • En France, les TER et les services urbains et suburbains sont exclus de l’article du règlement qui organise l’indemnisation : seule la politique commerciale de l’opérateur s’applique.

Un retard de train ouvre deux voies distinctes, et c’est toute la difficulté. D’un côté, l’indemnisation ferroviaire est un droit prévu par le règlement européen (UE) 2021/782, qui oblige l’entreprise ferroviaire à verser un pourcentage du prix du billet au-delà d’un certain seuil de retard. De l’autre, chaque transporteur ajoute une garantie commerciale maison, souvent plus large, mais dont il fixe seul les conditions — et notamment la forme du dédommagement. Confondre les deux, c’est accepter un bon d’achat quand on pouvait obtenir un virement.

Garantie commerciale et droit européen : deux logiques différentes

La Garantie G30 de la SNCF est une garantie commerciale inscrite dans ses conditions générales de vente. Selon le site officiel SNCF Connect, elle s’applique dès 30 minutes de retard à l’arrivée sur les TGV INOUI nationaux et les Intercités : 25 % du prix entre 30 minutes et 2 heures, 50 % entre 2 et 3 heures, 75 % au-delà de 3 heures. Sur les TGV INOUI internationaux, le barème s’arrête à 50 %.

Ce dispositif est plus favorable que la règle européenne sur le seuil de déclenchement : dans une réponse publiée le 9 septembre 2025 à une question écrite à l’Assemblée nationale, le ministère confirme que la SNCF applique volontairement un seuil de 30 minutes, alors que le règlement européen ne s’impose qu’à partir d’une heure. Mais une garantie commerciale reste une politique d’entreprise : elle peut évoluer, et c’est l’entreprise qui met en avant la forme du dédommagement.

Ce que prévoit exactement le règlement européen 2021/782

Le règlement (UE) 2021/782 du 29 avril 2021 est applicable depuis le 7 juin 2023. Attention à ne pas le confondre avec le texte précédent, le règlement (CE) n° 1371/2007, qu’il a remplacé : les deux circulent encore sur internet, y compris sur des pages officielles non mises à jour.

Son article 19 fixe les indemnisations minimales pour cause de retard : 25 % du prix du billet entre 60 et 119 minutes de retard, et 50 % à partir de 120 minutes. Le retard se mesure entre le lieu de départ et la destination finale indiqués sur le billet, ce qui compte pour les trajets avec correspondance. Le règlement autorise par ailleurs le transporteur à fixer un seuil minimal en dessous duquel rien n’est versé, mais ce seuil ne peut pas dépasser 4 euros par billet.

Le point clé : l’indemnisation peut être versée en argent

C’est la disposition la moins connue et la plus utile. Le paragraphe 7 de l’article 19 indique que l’indemnisation relative au prix du billet est payée dans le mois qui suit le dépôt de la demande. Il ajoute qu’elle peut prendre la forme de bons ou d’autres services si les conditions sont souples, notamment quant à la période de validité et à la destination — puis cette phrase : elle est payée en espèces à la demande du voyageur.

Autrement dit, le bon d’achat est une modalité par défaut, pas une imposition. En pratique, la SNCF propose d’abord un bon d’achat utilisable un an, comme le relevait le Journal du Net en juillet 2025, mais le formulaire permet de demander un virement bancaire. Le site SNCF Connect indique qu’entre 30 minutes et une heure de retard le dédommagement prend la forme d’un bon d’achat, et qu’à partir d’une heure une indemnité en argent peut être versée. Le règlement précise enfin que l’indemnisation ne doit être grevée d’aucun frais de transaction.

Les cas où le transporteur n’a rien à verser

Le règlement de 2021 a introduit une exonération qui n’existait pas auparavant. Selon son article 19, l’entreprise ferroviaire n’est pas tenue de verser une indemnisation si elle prouve que le retard a été directement causé par des circonstances exceptionnelles extérieures à l’exploitation ferroviaire — conditions météorologiques extrêmes, catastrophe naturelle majeure, crise de santé publique majeure —, par une faute du voyageur, ou par le comportement d’un tiers qu’elle ne pouvait éviter : présence de personnes sur la voie, vol de câbles, urgences à bord, activités de maintien de l’ordre, sabotage ou terrorisme.

Le texte pose toutefois une limite importante : les grèves du personnel de l’entreprise ferroviaire ne sont pas couvertes par cette dérogation, pas plus que les actes ou omissions des gestionnaires de l’infrastructure et des gares. Deux autres cas privent aussi le voyageur d’indemnisation : s’il a été informé du retard avant d’acheter son billet, ou si le retard subi après un réacheminement reste inférieur à 60 minutes. Ces exonérations valent pour le droit européen ; une garantie commerciale peut, elle, être appliquée plus largement.

TER et trains régionaux : un régime à part en France

C’est un angle mort du sujet. Le règlement européen autorise les États membres à dispenser certains services de tout ou partie de ses dispositions. La France a utilisé cette faculté. L’article L2151-2 du code des transports, consultable sur Legifrance, soumet les services urbains, suburbains et régionaux de transport ferroviaire de voyageurs à une liste limitée d’articles du règlement (UE) 2021/782 : les articles 5, 8, 11, 13, 14, 21, 22, 25, 26, 27, 28 et 30.

L’article 19, celui qui organise l’indemnisation en cas de retard, ne figure pas dans cette liste. Concrètement, si votre TER arrive avec une heure et demie de retard, vous ne pouvez pas invoquer le droit européen à une indemnisation en argent : vous dépendez de la politique commerciale de l’opérateur et de la région autorité organisatrice, qui varie d’un territoire à l’autre. En revanche, les articles relatifs aux plaintes et à l’information des voyageurs restent applicables.

La démarche : délais, pièces et interlocuteurs

Première étape, la réclamation auprès du transporteur. Le règlement européen fixe une limite claire : une plainte doit être introduite dans les trois mois qui suivent l’incident. La Garantie G30 de la SNCF, elle, ouvre un délai plus long — la demande peut être déposée dans les 90 jours suivant le voyage, via le formulaire en ligne accessible depuis la rubrique d’aide et de contact, ou par courrier. Le plus prudent reste d’agir dans le mois.

Préparez les pièces avant de remplir le formulaire : la référence du dossier de voyage figurant sur le billet, la date, le numéro du train, les gares de départ et d’arrivée, le prix payé, et un RIB si vous demandez un virement plutôt qu’un bon. Côté délais, le règlement impose au destinataire de la plainte de donner une réponse motivée dans un délai d’un mois à compter de sa réception, ou d’indiquer au voyageur qu’il recevra une réponse dans un délai inférieur à trois mois.

En cas de refus : médiation, contrôle et associations

Si la réponse ne vous convient pas, ou s’il n’y en a pas, la médiation est gratuite. Le site de la Médiation SNCF Voyageurs indique qu’il faut avoir effectué une première réclamation à laquelle le transporteur a opposé un refus écrit ou n’a pas répondu sous un mois — trois mois pour Eurostar et le Chemin de fer de la Corse. La saisine doit intervenir moins d’un an après la réception de votre réclamation par le service client. L’examen est confidentiel et l’avis rendu dans un délai de 90 jours. Cet avis est une recommandation : vous restez libre de l’accepter ou non.

Pour les autres transporteurs, le médiateur compétent est celui que l’entreprise a désigné ; à défaut, le Médiateur du tourisme et du voyage est fréquemment saisi. Le code des transports confie par ailleurs à l’administration chargée de la concurrence et de la consommation le pouvoir de sanctionner les manquements au règlement : ils peuvent être signalés à la DGCCRF. Enfin, des associations comme l’UFC-Que Choisir ou la FNAUT accompagnent les voyageurs. Aucune de ces démarches ne garantit un résultat, mais elles sont gratuites et laissent une trace écrite.

Vos questions, nos réponses

Puis-je refuser le bon d’achat et exiger un virement ?

Pour les trajets couverts par le règlement (UE) 2021/782, oui : le texte prévoit que l’indemnisation est payée en espèces à la demande du voyageur. Il faut le demander explicitement, généralement en cochant l’option correspondante dans le formulaire et en fournissant un RIB. Pour un dédommagement relevant uniquement d’une garantie commerciale, comme un retard de 40 minutes, l’opérateur reste maître de la forme qu’il propose.

À partir de combien de minutes de retard suis-je indemnisé ?

Le droit européen fixe le seuil à 60 minutes : 25 % du prix du billet entre 60 et 119 minutes, 50 % à partir de 120 minutes. La Garantie G30 de la SNCF descend à 30 minutes sur les TGV INOUI nationaux et les Intercités, avec un barème allant jusqu’à 75 % au-delà de trois heures. Ces deux seuils ne se cumulent pas : c’est le dispositif le plus favorable qui s’applique.

Ai-je droit à quelque chose si mon TER a du retard ?

Pas au titre de l’article 19 du règlement européen : l’article L2151-2 du code des transports exclut les services régionaux, urbains et suburbains de cette disposition. Vous dépendez de la politique commerciale de l’opérateur et de la région, qui diffère selon les territoires. Les règles européennes sur le traitement des plaintes et l’information des voyageurs, elles, restent applicables.

Julien Juchereau

Écrit par

Julien Juchereau

Rédacteur web d'actualité, Julien Juchereau suit l'actualité de la consommation et décrypte les sujets qui pèsent sur le budget des ménages : énergie, banque, télécoms, logement, santé et droits des consommateurs. Il s'appuie sur les textes de loi et les sources officielles, et vérifie les démarches avant de les expliquer.

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