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Perturbateurs endocriniens dans les cosmétiques : ce que dit l’étude

· Julien Juchereau

Perturbateurs endocriniens dans les cosmétiques : ce que dit l'étude

Une étude française rendue publique en avril 2026 montre qu’en cinq jours, alléger sa routine de salle de bains fait chuter la trace de plusieurs substances chimiques dans l’organisme. Le résultat est net, mais il porte sur une centaine de personnes et mesure une exposition, pas une maladie. Voici ce que dit vraiment cette étude, ce que la réglementation autorise ou interdit, et les gestes recommandés par les autorités sanitaires.

L’essentiel

  • Une étude Inserm – Université Grenoble Alpes – CNRS, parue le 7 avril 2026 dans Environment International, a suivi une centaine d’étudiantes de 18 à 30 ans pendant cinq jours.
  • Les concentrations urinaires ont baissé de 22 % pour le phtalate de monoéthyle, 30 % pour le méthylparabène et 39 % pour le bisphénol A.
  • L’étude mesure une exposition, pas un effet sur la santé : les bénéfices chiffrés par les auteurs sont des « projections hypothétiques ».
  • À partir du 31 juillet 2026, les cosmétiques nouvellement mis sur le marché européen devront nommer une liste très élargie d’allergènes du parfum, au lieu du seul mot « parfum ».

Un perturbateur endocrinien est une substance, naturelle ou de synthèse, qui interfère avec le fonctionnement du système hormonal et provoque de ce fait des effets néfastes sur l’organisme, sa descendance ou une population. Cette définition, issue de l’Organisation mondiale de la santé et reprise par la réglementation européenne, impose trois conditions cumulatives, rappelle l’INRS : une activité hormonale, un effet néfaste documenté, un lien plausible entre les deux. Toutes les substances « suspectées » ne sont donc pas des perturbateurs endocriniens avérés.

Ce que l’étude a mesuré, et ce qu’elle ne dit pas

Des chercheurs de l’Inserm, de l’Université Grenoble Alpes et du CNRS ont demandé à une centaine d’étudiantes grenobloises de 18 à 30 ans de modifier leur routine pendant cinq jours : réduire le nombre de cosmétiques utilisés, et remplacer savon ou dentifrice par des alternatives fournies par l’équipe, exemptes de phénols de synthèse, de parabènes, de phtalates et d’éthers de glycol. Les dosages urinaires ont été comparés avant et après. Les baisses sont franches : 22 % pour le phtalate de monoéthyle, marqueur associé aux compositions parfumées ; 30 % pour le méthylparabène, un conservateur ; 39 % pour le bisphénol A. « Ce qui est intéressant, c’est la rapidité avec laquelle on observe ces diminutions », souligne Nicolas Jovanovic, premier auteur, cité par l’Inserm.

Trois limites doivent être posées. L’étude mesure des biomarqueurs d’exposition : elle montre que l’organisme élimine vite ces substances quand on cesse de les apporter, pas qu’une maladie a été évitée. Les auteurs avancent un bénéfice économique — jusqu’à 9,7 millions d’euros par an selon l’Inserm — mais parlent eux-mêmes de « projections hypothétiques ». L’échantillon est par ailleurs restreint et homogène : une centaine de jeunes femmes, dans une seule ville, sans données pour les hommes, les enfants ou les femmes enceintes. Enfin, cinq jours ne disent rien du maintien de la baisse dans le temps. Les chercheurs renvoient d’ailleurs au législateur : des mesures réglementaires sur la composition des produits et de leurs emballages seraient, écrit l’Inserm, « plus susceptibles de réduire durablement l’exposition de l’ensemble de la population ».

Pourquoi la dose n’y fait pas tout

En toxicologie classique, plus la dose est élevée, plus l’effet est marqué. Les perturbateurs endocriniens échappent en partie à cette règle. L’INRS et l’Anses décrivent des relations dose-réponse non monotones : un effet peut apparaître à faible dose, s’atténuer quand la dose augmente, puis réapparaître plus haut. Le système hormonal fonctionne lui-même à doses infimes.

Deux autres notions comptent. Les fenêtres d’exposition : l’exposition pendant la vie intra-utérine, la petite enfance ou la puberté n’a pas le même poids qu’à l’âge adulte. Les effets cocktail ensuite : l’exposition simultanée à plusieurs substances peut produire un résultat différent de celui de chaque substance isolée, les effets pouvant s’additionner, se renforcer ou s’annuler. C’est pour cela que réduire le nombre de produits, plutôt que traquer une molécule unique, a du sens.

Où elles se trouvent dans une salle de bains ordinaire

Toutes ces substances n’ont pas le même statut réglementaire : l’amalgame est courant. Du côté des parabènes, cinq d’entre eux — isopropylparabène, isobutylparabène, phénylparabène, benzylparabène et pentylparabène — ont été interdits dans les cosmétiques en avril 2014. Le propylparabène et le butylparabène restent autorisés, mais plafonnés à 0,14 %, et interdits dans les produits sans rinçage destinés au siège des enfants de moins de trois ans. Le méthylparabène, celui que l’étude a suivi, reste autorisé comme conservateur dans les limites fixées par le règlement.

Du côté des phtalates, plusieurs d’entre eux, dont le DEHP, le DBP et le BBP, figurent parmi les substances interdites dans les cosmétiques au titre de leur classification toxique pour la reproduction. Le bisphénol A, lui, n’est pas un ingrédient cosmétique autorisé : l’Inserm rappelle qu’il ne l’est plus en France depuis 2005, et estime que sa présence dans les urines pourrait venir de contaminations lors de la fabrication ou des matériaux d’emballage. Certains filtres UV enfin, comme la benzophénone-3, restent autorisés mais sous des plafonds que la Commission européenne a revus à la baisse, en raison de préoccupations liées à d’éventuelles propriétés perturbatrices endocriniennes.

Lire une liste INCI sans être chimiste

La liste d’ingrédients imprimée au dos d’un flacon suit une nomenclature internationale, l’INCI, identique dans toute l’Union européenne. Une règle suffit pour s’en servir : les ingrédients sont classés par ordre décroissant de quantité jusqu’au seuil de 1 %, en dessous duquel l’ordre est libre. Les premières lignes constituent donc l’essentiel du produit ; ce qui apparaît en quinzième position est à l’état de trace.

Quelques repères aident au tri. Les parabènes se repèrent au suffixe : l’UFC-Que Choisir résume sa recommandation par le moyen mnémotechnique « P ou B = pas bien », visant le propylparabène et le butylparabène. Les mentions « BHA », « BHT » ou les filtres UV du type « Ethylhexyl Methoxycinnamate » sont aussi signalés par l’association comme à surveiller. Attention toutefois : une liste courte n’est pas un gage de sécurité, ni une liste longue un signal d’alerte.

Le parfum, angle mort de l’étiquette — et ce qui change le 31 juillet 2026

Le point aveugle des listes INCI, c’est le mot « Parfum » (ou « Fragrance »). Il couvre une composition entière, parfois plusieurs dizaines de molécules, protégée par le secret de fabrication. C’est aussi la famille la plus concernée par l’étude grenobloise : le phtalate de monoéthyle est un marqueur associé aux produits parfumés.

Cette opacité recule. Le règlement européen 2023/1545 impose de nommer individuellement sur l’étiquette une liste très élargie de substances parfumantes allergisantes — elle passe d’environ vingt-cinq à environ quatre-vingts — dès lors qu’elles dépassent 0,001 % dans un produit sans rinçage ou 0,01 % dans un produit rincé. L’échéance est proche : les produits nouvellement mis sur le marché doivent être conformes à partir du 31 juillet 2026, les produits déjà commercialisés ayant jusqu’au 31 juillet 2028. Les étiquettes vont donc s’allonger : c’est de l’information rendue visible.

Les applications de scan : un tri utile, pas un verdict

Scanner un code-barres est devenu un réflexe. Ces outils ont une vraie utilité : ils rendent lisible une liste INCI qui ne l’est pas et signalent les ingrédients discutés scientifiquement. L’UFC-Que Choisir propose ainsi sa propre application gratuite, QuelCosmetic, qui évalue les risques sanitaires sans attribuer de note globale au produit.

Leurs limites doivent être connues. Elles raisonnent sur la présence d’un ingrédient, rarement sur sa concentration, que la liste INCI ne donne pas au-delà du seuil de 1 %. Elles n’intègrent pas l’usage : un produit rincé et un produit laissé sur la peau n’exposent pas de la même façon. Et leurs méthodes diffèrent, si bien qu’un même produit peut être jugé correct par l’une et médiocre par l’autre. Une note n’est ni un avis sanitaire ni une décision d’autorité.

Les gestes recommandés, et pour qui en priorité

Les autorités sanitaires convergent sur une idée simple : la sobriété. L’Agence régionale de santé Auvergne-Rhône-Alpes recommande d’aérer son logement au moins dix minutes par jour, de limiter les produits ménagers et les parfums d’ambiance, de réduire l’usage des cosmétiques en spray, des vernis et des colorations, et de privilégier les produits certifiés. Ce sont les leviers que l’étude grenobloise a actionnés : moins de produits, et des produits reformulés.

La vigilance est recommandée en priorité pour les femmes enceintes et les jeunes enfants : l’ARS souligne que les mille premiers jours de vie constituent une fenêtre de sensibilité particulière, et l’UFC-Que Choisir formule la même recommandation renforcée. Cela ne signifie pas qu’il faille tout jeter. Réduire le nombre de références, se méfier des produits fortement parfumés et aérer la salle de bains sont des gestes cohérents avec ce que recommandent les agences — sans qu’aucun ne garantisse, à titre individuel, un effet sur la santé.

Vos questions, nos réponses

Faut-il jeter tous les produits qui contiennent des parabènes ?

Non. Cinq parabènes ont été interdits dans les cosmétiques en avril 2014 : ils ne peuvent plus figurer dans un produit vendu légalement en Europe. Le propylparabène et le butylparabène restent autorisés sous un plafond abaissé à 0,14 %, et interdits dans les produits sans rinçage pour le siège des moins de trois ans. Si vous voulez les éviter, le tri se fait à l’achat, pas en vidant votre armoire.

Les cosmétiques bio sont-ils sans perturbateurs endocriniens ?

Les référentiels de certification excluent un certain nombre de substances de synthèse, ce qui réduit mécaniquement l’exposition à celles-ci. Mais « bio » n’est pas synonyme d’absence de risque : huiles essentielles et extraits végétaux contiennent aussi des molécules actives et des allergènes soumis à déclaration. L’Anses déconseille d’ailleurs les huiles essentielles chez la femme enceinte.

Je suis enceinte : que faire concrètement ?

Les recommandations publiques vont dans le sens d’une réduction du nombre de cosmétiques, d’une méfiance envers les produits fortement parfumés, les sprays, les vernis et les colorations, et d’une aération quotidienne du logement. Les mille premiers jours de vie sont identifiés comme une période de sensibilité particulière. Pour une question personnelle, l’interlocuteur reste votre médecin ou votre sage-femme.

Julien Juchereau

Écrit par

Julien Juchereau

Rédacteur web d'actualité, Julien Juchereau suit l'actualité de la consommation et décrypte les sujets qui pèsent sur le budget des ménages : énergie, banque, télécoms, logement, santé et droits des consommateurs. Il s'appuie sur les textes de loi et les sources officielles, et vérifie les démarches avant de les expliquer.

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