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MaPrimeRénov’ 2026 : fin des aides si vous gardez le gaz

· Julien Juchereau

MaPrimeRénov' 2026 : fin des aides si vous gardez le gaz

Le gouvernement veut couper le robinet des aides à la rénovation pour les logements qui restent au gaz. La bascule est annoncée pour le 1er septembre 2026, mais au 23 juillet 2026 le décret n’est toujours pas publié au Journal officiel. Voici ce qui est certain aujourd’hui, ce qui ne l’est pas, et comment sécuriser votre dossier.

L’essentiel

  • Le plan d’électrification présenté le 23 avril 2026 prévoit qu’à partir du 1er septembre 2026, une rénovation d’ampleur aidée par MaPrimeRénov’ ne pourra plus conserver un chauffage au gaz après travaux.
  • Le même calendrier vise à retirer plusieurs travaux du parcours « par geste » : isolation des combles, fenêtres, VMC double flux, chauffe-eau thermodynamique, poêles à bois et à granulés, solaire thermique.
  • Au 23 juillet 2026, ces mesures ne sont ni un décret ni un arrêté publiés : le Conseil national de l’habitat a rendu un avis défavorable le 2 juillet 2026, et rien n’est paru au Journal officiel depuis les textes du 12 juin 2026.
  • Tant que rien n’est publié, les règles en vigueur restent celles de 2026 : rénovation d’ampleur à 80, 60, 45 ou 10 % du montant des travaux selon vos revenus, dans la limite de 30 000 € ou 40 000 € HT de dépenses.

MaPrimeRénov’ est l’aide principale de l’État pour financer les travaux de rénovation énergétique d’un logement. Elle est versée par l’Agence nationale de l’habitat (Anah) et se décline en trois parcours : la rénovation « par geste », qui finance des travaux ciblés au forfait, la rénovation « d’ampleur », qui exige un gain d’au moins deux classes énergétiques, et la rénovation en copropriété. Selon le guide officiel des aides publié par l’Anah en février 2026, le dispositif dispose cette année de 3,6 milliards d’euros. C’est ce cadre que le gouvernement veut resserrer à la rentrée.

Ce que le gouvernement a annoncé le 23 avril 2026

Le 23 avril 2026, l’exécutif a présenté un plan d’électrification des usages regroupant une vingtaine de mesures. L’une d’elles concerne directement les ménages qui se chauffent au gaz : à compter du 1er septembre 2026, une rénovation d’ampleur financée par MaPrimeRénov’ ne devrait plus pouvoir aboutir à un logement encore chauffé au gaz. Autrement dit, si votre chaudière fonctionne au gaz, le projet devra prévoir son remplacement — par une pompe à chaleur, un raccordement à un réseau de chaleur ou un autre équipement décarboné — pour ouvrir droit à l’aide.

Le plan comporte d’autres volets : la fin des chaudières au gaz dans les logements neufs à partir de 2027 et un objectif d’un million de pompes à chaleur installées par an d’ici 2030. D’après le ministère, environ 10 % des rénovations d’ampleur conservaient jusqu’ici un chauffage fossile.

Attention : à ce jour, aucun décret n’est publié

C’est le point le plus important pour un ménage qui doit décider maintenant : une annonce gouvernementale ne change pas le droit tant que le texte n’est pas paru. Or, un projet de décret et un projet d’arrêté ont été soumis le 2 juillet 2026 au Conseil national de l’habitat, l’instance consultative qui réunit bailleurs, locataires, professionnels du bâtiment et associations. Le Conseil a voté contre. Son avis étant consultatif, le gouvernement peut passer outre.

Mais au 23 juillet 2026, Légifrance ne fait apparaître aucun texte sur la prime de transition énergétique postérieur au 12 juin 2026. Ce jour-là ont été publiés le décret n° 2026-516 et plusieurs arrêtés, qui reprennent à l’identique des dispositions de septembre 2025 pour régulariser leurs signatures après une décision du Conseil d’État. Rien qui concerne la réforme de septembre. Tant que les textes ne sont pas au Journal officiel, la date du 1er septembre, la liste des travaux concernés et les modalités de transition restent des intentions, pas des règles.

Rénovation d’ampleur : ce qui est déjà interdit, ce qui le deviendrait

Beaucoup de lecteurs croient que MaPrimeRénov’ finance encore l’installation d’une chaudière au gaz. Ce n’est plus le cas depuis plusieurs années : le gaz ne figure pas dans la liste des équipements de chauffage éligibles publiée par l’Anah. Dans le parcours rénovation d’ampleur, le guide officiel précise déjà que le projet ne doit pas prévoir l’installation d’un chauffage fonctionnant majoritairement aux énergies fossiles, et qu’il est interdit de conserver un chauffage fonctionnant majoritairement au fioul.

La nouveauté annoncée consiste donc à étendre au gaz l’interdiction qui vise aujourd’hui le seul fioul. Concrètement : vous pourriez toujours isoler, changer vos fenêtres et poser une VMC dans le cadre d’une rénovation d’ampleur, mais si la chaudière au gaz reste en place à la fin du chantier, le dossier ne serait plus recevable. Ce parcours reste par ailleurs réservé aux logements classés E, F ou G avant travaux, construits depuis au moins 15 ans et occupés en résidence principale, avec deux gestes d’isolation, un gain minimum de deux classes et le recours obligatoire à Mon Accompagnateur Rénov’.

Parcours par geste : les travaux qui sortiraient de la liste

Le second volet de la réforme est plus large et concerne beaucoup plus de ménages. Selon les professionnels du secteur, le projet de texte retirerait du parcours « par geste » l’isolation des rampants de toiture et des plafonds de combles, l’isolation des toitures-terrasses, le remplacement des fenêtres, la VMC double flux, le chauffe-eau thermodynamique, les poêles et inserts à bois ou à granulés, ainsi que le chauffe-eau solaire et le chauffage solaire combiné. Ces travaux resteraient finançables, mais seulement à l’intérieur d’une rénovation d’ampleur.

Ce mouvement n’est pas nouveau. Depuis le 1er janvier 2026, l’isolation des murs et les chaudières biomasse ne sont déjà plus financées en geste isolé, comme l’indique le guide de l’Anah. Ce qui resterait éligible seul après la réforme : les pompes à chaleur de chauffage, la dépose de cuve à fioul et l’audit énergétique. Les sources professionnelles divergent en revanche sur le sort du raccordement à un réseau de chaleur : seule la publication du texte tranchera.

Les barèmes qui s’appliquent aujourd’hui, selon vos revenus

Tant que rien n’est publié, ce sont les barèmes au 1er janvier 2026 qui font foi. L’Anah classe les ménages en quatre catégories selon le revenu fiscal de référence. Hors Île-de-France, une personne seule est « très modeste » jusqu’à 17 363 €, « modeste » jusqu’à 22 259 €, « intermédiaire » jusqu’à 31 185 €, et « supérieure » au-delà. En Île-de-France, les seuils sont de 24 031 €, 29 253 € et 40 851 €.

En rénovation d’ampleur, l’aide couvre 80 % du montant HT des travaux pour les ménages très modestes, 60 % pour les modestes, 45 % pour les intermédiaires et 10 % pour les revenus supérieurs. Les dépenses éligibles sont plafonnées à 30 000 € HT pour un gain de deux classes et 40 000 € HT pour un gain de trois classes ou plus. En parcours par geste, une pompe à chaleur air/eau ouvre droit à 5 000 €, 4 000 € ou 3 000 € selon les revenus, dans la limite de 12 000 € de dépense éligible ; une pompe à chaleur géothermique à 11 000 €, 9 000 € ou 6 000 €, plafonnée à 18 000 €. Les ménages aux revenus supérieurs ne sont pas éligibles au parcours par geste.

Vous avez un projet : ce qu’il faut regarder

La règle habituelle en matière d’aides est que c’est la date de dépôt de la demande qui détermine le régime applicable, et non la date des travaux. Les professionnels du secteur indiquent que les dossiers déposés avant l’entrée en vigueur des nouveaux textes resteraient instruits selon les règles actuelles. Prudence toutefois : cette règle de transition ne sera confirmée que par le décret lui-même, qui peut prévoir ses propres modalités.

Si vos travaux relèvent d’un geste menacé — combles, fenêtres, VMC, poêle, chauffe-eau — il est donc raisonnable de ne pas attendre. Il faut un devis signé par un professionnel RGE, puis déposer la demande sur maprimerenov.gouv.fr avant de commencer les travaux : l’Anah rappelle que la subvention n’est pas de droit et qu’il vaut mieux attendre la décision d’octroi. Pour une rénovation d’ampleur, un rendez-vous avec un conseiller France Rénov’ est désormais obligatoire avant le dépôt, ce qui rallonge encore le délai.

Les autres aides, elles, ne bougent pas

Perdre MaPrimeRénov’ sur un geste ne signifie pas perdre toute aide. Les certificats d’économies d’énergie (CEE), versés par les fournisseurs d’énergie, restent accessibles pour la plupart de ces travaux, sans condition de revenus, avec des montants majorés pour les ménages modestes. Attention à l’ordre des opérations : l’offre du fournisseur doit être acceptée avant la signature du devis, ou au plus tard dans les 14 jours qui suivent, sinon le bénéfice est perdu.

Une prime « Coup de pouce chauffage » existe par ailleurs pour remplacer une chaudière au charbon, au fioul ou au gaz par une pompe à chaleur, une chaudière biomasse ou un raccordement à un réseau de chaleur. S’ajoutent la TVA à 5,5 % sur les travaux de rénovation énergétique éligibles — la fourniture et la pose d’une chaudière à combustible fossile, gaz compris, restant taxées à 20 % —, l’éco-prêt à taux zéro jusqu’à 50 000 € sur 20 ans, et les aides des collectivités locales.

Vos questions, nos réponses

Puis-je encore obtenir MaPrimeRénov’ pour installer une chaudière au gaz ?

Non. La chaudière au gaz ne figure pas parmi les équipements de chauffage éligibles au barème MaPrimeRénov’ publié par l’Anah pour 2026. En copropriété, son installation n’est plus financée depuis le 1er janvier 2025. En revanche, remplacer une chaudière au gaz par une pompe à chaleur reste aidé, par MaPrimeRénov’ et par les certificats d’économies d’énergie.

Si je dépose mon dossier en août 2026, quelles règles s’appliqueront ?

En principe, celles en vigueur au jour du dépôt de la demande, même si les travaux sont réalisés plus tard. C’est la logique retenue jusqu’ici par le dispositif et celle qu’annoncent les professionnels du secteur. Mais tant que le décret n’est pas publié, ses dispositions transitoires ne sont pas connues : il n’existe aujourd’hui aucune garantie écrite sur ce point.

Je garde ma chaudière au gaz et je fais seulement isoler mes combles : ai-je droit à une aide ?

Aujourd’hui, oui. L’isolation des rampants de toiture et des plafonds de combles est financée en geste isolé à hauteur de 25 €/m² pour les ménages très modestes, 20 €/m² pour les modestes et 15 €/m² pour les intermédiaires, dans la limite de 75 €/m² de dépense éligible. C’est précisément ce geste que le projet de réforme prévoit de retirer au 1er septembre 2026. Si le texte est publié en l’état, il faudra alors passer par les certificats d’économies d’énergie ou intégrer l’isolation dans une rénovation d’ampleur.

Julien Juchereau

Écrit par

Julien Juchereau

Rédacteur web d'actualité, Julien Juchereau suit l'actualité de la consommation et décrypte les sujets qui pèsent sur le budget des ménages : énergie, banque, télécoms, logement, santé et droits des consommateurs. Il s'appuie sur les textes de loi et les sources officielles, et vérifie les démarches avant de les expliquer.

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