Arnaques & alertes
Arnaque au colis vide sur Vinted : comment se faire rembourser
· Julien Juchereau
Recevoir un carton vide alors que le suivi affiche « livré », ou se voir accuser d’avoir expédié du vent : l’arnaque au colis vide frappe les deux côtés d’une vente entre particuliers. Voici comment se protéger, quelles preuves réunir et vers qui se tourner pour être remboursé, que vous achetiez ou que vous vendiez.
L’essentiel
- Sur les plateformes de seconde main, votre argent reste bloqué par la Protection acheteurs jusqu’à ce que vous confirmiez que tout est conforme : ne validez jamais tant qu’un doute existe.
- La fenêtre pour signaler un problème est courte, en général deux jours après la livraison ; passé ce délai ou après un clic sur « Tout est OK », le paiement part au vendeur et devient très difficile à récupérer.
- La preuve fait tout : côté acheteur, filmer l’ouverture ; côté vendeur, filmer l’emballage et garder le bordereau de dépôt avec le poids mesuré par le transporteur.
- Si la plateforme ne tranche pas, il reste le transporteur, la contestation bancaire (le « chargeback », qui n’est pas un droit automatique), le signalement sur SignalConso et la plainte pour escroquerie.
L’arnaque au colis vide désigne une fraude où l’un des deux protagonistes d’une vente prétend, faussement, qu’un colis est parti ou arrivé sans son contenu, pour encaisser l’argent sans livrer, ou récupérer un remboursement en gardant l’objet. Le phénomène a été largement documenté à partir de 2024 sur les plateformes de seconde main comme Vinted ou Leboncoin, prises ici comme exemples. Sa particularité : elle peut piéger aussi bien celui qui achète que celui qui vend. Comprendre le mécanisme des deux côtés est la meilleure défense.
Deux arnaques symétriques, un même carton
Côté acheteur, le scénario est simple. Vous payez un article, le suivi indique « livré », mais vous ouvrez un colis vide, lesté de papier journal, ou contenant un objet sans rapport avec l’annonce. Le vendeur malhonnête a expédié une boîte crédible en apparence, en misant sur le fait que vous validerez la réception sans vérifier.
Côté vendeur, la fraude s’inverse. Vous expédiez réellement votre article, l’acheteur le reçoit, puis déclare à la plateforme avoir trouvé un colis vide ou non conforme. Objectif : obtenir un remboursement tout en conservant l’objet. Les articles de valeur, souvent au-dessus de 50 euros, sont les plus visés. Dans les deux cas, la parade repose sur les mêmes principes : ne rien valider à l’aveugle et constituer un dossier de preuves.
La Protection acheteurs : à quoi sert l’argent bloqué
Sur ce type de plateforme, quand vous achetez, votre argent ne file pas directement au vendeur. Il est retenu par la plateforme jusqu’à ce que vous confirmiez avoir reçu un article conforme. C’est le rôle de la Protection acheteurs, un service payant activé automatiquement : selon le centre d’aide de Vinted, elle s’applique quand l’article est perdu, endommagé ou ne correspond pas à sa description.
Cette protection a un coût. Des frais de Protection acheteurs, calculés en pourcentage du prix de l’article auxquels s’ajoute une part fixe, sont ajoutés au total au moment de payer. En échange, c’est cette période de blocage qui vous laisse une marge pour signaler un souci avant que la transaction ne soit définitivement bouclée. D’où l’importance de la fenêtre de signalement.
Ne validez jamais trop vite
Le point de bascule de toute l’affaire est la validation de la réception. Tant que vous n’avez pas confirmé, l’argent reste bloqué ; dès que vous cliquez sur l’équivalent d’un « Tout est OK », ou que le délai s’écoule sans action de votre part, le paiement est libéré et versé au vendeur. Cette étape est quasi irréversible : même en découvrant le problème peu après avoir validé, la plateforme refusera en général de rouvrir le dossier.
La fenêtre pour agir est courte, en général deux jours après la livraison affichée. La règle d’or est donc de n’ouvrir le colis qu’en étant prêt à documenter, et de ne jamais cliquer sur « Tout est OK » tant que le moindre doute subsiste. En cas de problème, on passe par la conversation avec le vendeur et l’option « J’ai un problème », qui ouvre un litige et maintient l’argent bloqué.
Côté acheteur : filmer, signaler, ne pas valider
La preuve la plus solide côté acheteur est une vidéo d’ouverture. Filmez le déballage en un seul plan continu, sans coupure, à partir du colis fermé et de son étiquette, jusqu’à l’intérieur. Une vidéo interrompue perd beaucoup de sa force : c’est la continuité qui rend le document crédible. Prenez aussi des photos du carton, de l’emballage et de son contenu réel, et gardez une capture de l’annonce.
Ensuite, signalez immédiatement, dans le délai, via l’option de litige de la plateforme, et surtout ne validez pas la réception. Joignez vos photos et votre vidéo. Tant que le litige est ouvert, le paiement reste suspendu, ce qui vous place en position de force. Le service client de la plateforme examine alors le dossier au regard de sa politique de remboursement.
Côté vendeur : la preuve du poids et de l’emballage
Le vendeur honnête doit anticiper l’accusation. La preuve reine est le poids. Conservez le bordereau de dépôt remis par le point relais ou le transporteur : il mentionne le poids mesuré au moment de l’envoi. Un colis annoncé à plusieurs centaines de grammes qui arriverait à quelques dizaines de grammes révèle une anomalie que le transporteur peut être amené à constater. Gardez aussi le numéro de suivi et la preuve de dépôt.
Complétez par une vidéo d’emballage filmée sans coupure, montrant l’article, sa mise en carton, la fermeture, puis l’étiquette. Un ruban adhésif de sécurité ou un élément identifiable aide à démontrer que le colis n’a été ouvert qu’après l’envoi. Comme l’acheteur, ne validez rien et ne remboursez rien de votre propre initiative avant l’examen de la plateforme : passez par le litige officiel et transmettez vos preuves.
Si le litige plateforme échoue : transporteur, puis banque
Quand la décision de la plateforme ne vous satisfait pas, plusieurs recours subsistent. Auprès du transporteur d’abord : un colis dont le poids à l’arrivée ne correspond pas à celui du dépôt, ou visiblement ouvert, peut faire l’objet d’une réclamation, bordereau et photos à l’appui.
Reste la contestation bancaire. Attention à ne pas confondre deux situations. Si votre carte a été utilisée sans votre accord, il s’agit d’une opération non autorisée : selon Service-Public, la banque doit rembourser immédiatement, au plus tard à la fin du premier jour ouvrable suivant la contestation, dans un délai maximal de 13 mois (70 jours hors Espace économique européen), sauf négligence grave. Mais dans un colis vide, vous avez bien autorisé le paiement : ce régime ne s’applique pas. Vous relevez alors du « chargeback », ou rétrofacturation.
Chargeback, SignalConso et plainte : les derniers leviers
Le chargeback est une procédure par laquelle votre banque annule un paiement carte auprès du réseau (Visa, Mastercard…), notamment pour une marchandise non reçue ou non conforme. Point essentiel rappelé par La finance pour tous : d’après la DGCCRF, ce n’est pas un droit prévu par la loi, mais un service contractuel qui dépend des conditions de votre carte. Demandez à votre banque si votre contrat le prévoit, et présentez-le comme un litige de paiement, pas comme un simple geste commercial.
En parallèle, signalez le professionnel ou la difficulté sur SignalConso (signal.conso.gouv.fr), la plateforme gratuite de la DGCCRF : votre signalement est transmis et vous êtes orienté vers le bon interlocuteur. Enfin, si l’escroquerie est caractérisée, vous pouvez porter plainte. Pour une arnaque en ligne entre particuliers, le service THESEE, sur le site du ministère de l’Intérieur, permet de déposer plainte à distance ; l’escroquerie est réprimée par l’article 313-1 du code pénal. Un dépôt de plainte au commissariat ou à la gendarmerie reste toujours possible.
Vos questions, nos réponses
Combien de temps ai-je pour signaler un colis vide ?
La fenêtre est courte, en général deux jours après la livraison affichée. Il faut ouvrir un litige via l’option « J’ai un problème » avant de valider la réception. Si vous cliquez sur « Tout est OK » ou laissez passer le délai, le paiement part au vendeur et le dossier devient très difficile à rouvrir.
Ma banque doit-elle me rembourser un colis vide payé par carte ?
Pas automatiquement. Le remboursement immédiat prévu par la loi vise les opérations que vous n’avez pas autorisées, c’est-à-dire la fraude à la carte. Pour un colis vide, vous avez autorisé le paiement : vous dépendez alors du chargeback, un service contractuel qui, selon la DGCCRF, n’est pas un droit garanti par la loi. Vérifiez les conditions de votre carte auprès de votre banque.
Une vidéo de déballage suffit-elle à prouver la fraude ?
Elle pèse lourd, surtout filmée en un seul plan continu à partir du colis fermé, mais rien ne garantit un résultat. Renforcez-la avec des photos, la capture de l’annonce et, côté vendeur, le bordereau de dépôt indiquant le poids. C’est un faisceau de preuves cohérent, plus qu’un document isolé, qui emporte la décision.