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Arnaques & alertes

Frais bancaires plafonnés pour clients fragiles : 25 € par mois, qui y a droit

· Julien Juchereau

Un client compte ses frais bancaires sur ses relevés à la maison

Un chiffre d’abord. Fin 2025, les banques françaises classaient 4,8 millions de leurs clients en situation de fragilité financière, selon le rapport annuel de l’Observatoire de l’inclusion bancaire publié début juillet 2026. Ce statut déclenche des protections très concrètes sur les frais d’incidents. Seuls 1,2 million de ces clients profitaient pourtant fin 2025 de l’offre spécifique, la formule qui verrouille le mieux la facture. Les trois quarts passent à côté.

L’essentiel

  • Client fragile détecté : tous les frais d’incidents sont plafonnés à 25 € par mois, automatiquement, pendant au moins 3 mois.
  • Avec l’offre spécifique clientèle fragile (OCF) : plafond renforcé à 20 € par mois et 200 € par an, pour une cotisation moyenne de 1 € par mois (plafond légal : 3 €).
  • Trois déclencheurs légaux : 5 incidents dans le même mois, un dossier de surendettement recevable, ou 3 mois consécutifs d’inscription au Fichier central des chèques.
  • Fin 2025, 4,8 millions de clients fragiles étaient identifiés (+5,1 % sur un an), mais seulement 1,2 million d’offres spécifiques souscrites.
  • Banque récalcitrante : réclamation écrite, médiateur bancaire gratuit, puis signalement à l’ACPR.

Trois portes d’entrée dans le statut de client fragile

Le code monétaire et financier (article R. 312-4-3) fixe trois situations où la banque n’a pas le choix. La première : cinq irrégularités ou incidents au cours du même mois, rejets de prélèvement, commissions d’intervention et chèques refusés compris. Depuis le décret du 20 juillet 2020, appliqué au 1er novembre de la même année, ce cumul vous classe fragile d’office pour trois mois minimum. La deuxième : un dossier de surendettement déclaré recevable par la Banque de France. La troisième : une inscription au Fichier central des chèques pendant trois mois consécutifs, après un chèque impayé ou un retrait de carte.

La loi fixe un plancher, pas un plafond. Les banques doivent aussi apprécier la fragilité au regard des ressources et des incidents répétés sur trois mois, avec leurs propres grilles. Ces critères maison font le gros du travail : 89 % des clients fragiles détectés fin 2025 l’ont été au-delà des minima légaux. Le contexte pousse dans le même sens, avec 148 013 dossiers de surendettement déposés en 2025, en hausse de 9,8 % sur un an.

25 € par mois d’office, 20 € avec l’offre spécifique

Deux niveaux de protection coexistent. Le premier s’applique sans rien signer : dès que la banque vous identifie comme fragile, l’ensemble de vos frais d’incidents est plafonné à 25 € par mois. Le second exige une souscription : l’offre spécifique ramène ce plafond à 20 € par mois, dans la limite de 200 € par an, et la commission d’intervention y tombe à 4 € par opération contre 8 € pour tout le monde. Voici les barèmes en vigueur au 1er août 2026 :

Frais Plafond
Rejet de chèque de 50 € ou moins 30 €
Rejet de chèque de plus de 50 € 50 €
Rejet de prélèvement ou de virement 20 € (ou le montant s’il est inférieur)
Commission d’intervention, tout client 8 € par opération, 80 € par mois
Commission d’intervention, offre spécifique 4 € par opération, 20 € par mois
Total des frais d’incidents, client fragile détecté 25 € par mois
Total des frais d’incidents, offre spécifique 20 € par mois et 200 € par an

Attention au périmètre. Les agios du découvert et les frais de saisie sur compte restent hors plafonnement global : une saisie administrative peut coûter jusqu’à 10 % du montant saisi, dans la limite de 100 €.

Une offre facturée 1 € par mois en moyenne, trois fois sous le plafond

L’offre spécifique coûte au maximum 3 € par mois, soit 36 € par an. La réalité est plus douce : d’après le rapport 2026 de l’Observatoire des tarifs bancaires, publié le 30 juin et couvrant 102 établissements, elle est facturée 12 € par an en moyenne, soit 1 € par mois. Son contenu : une carte à autorisation systématique, quatre virements SEPA mensuels dont un permanent, deux chèques de banque par mois, des prélèvements illimités et la gestion du compte à distance. Pas de chéquier, pas de découvert autorisé. C’est le principe même : couper les sources d’incidents.

Le résultat se mesure. Les titulaires de l’offre ont payé 37 € de frais d’incidents en moyenne sur 2025, contre 106 € pour les clients fragiles détectés qui ne l’ont pas souscrite. Presque trois fois moins. Dans un contexte où les tarifs bancaires ont encore grimpé de 2,7 % en 2026, l’écart n’a rien d’anecdotique.

Un mois qui dérape : 138 € de frais sans protection, 25 € avec

Prenons un compte type en septembre. Le salaire arrive le 5 au lieu du 30 août, six paiements passent en découvert non autorisé, deux prélèvements sont rejetés, un chèque de 180 € revient impayé. La facture, aux plafonds standards : six commissions d’intervention à 8 €, soit 48 €, deux rejets de prélèvement à 20 €, soit 40 €, et 50 € pour le chèque. Total : 138 €. Sur un seul mois.

Même scénario avec le statut de client fragile : 25 €, tout compris. Avec l’offre spécifique : 20 €. Le verdict tient en une ligne : l’écart atteint 113 à 118 €, sur un mois où le compte était déjà à sec. Et ce compte cumule bien plus de cinq incidents : la banque avait l’obligation de le basculer en statut fragile, sans attendre la moindre demande.

La détection est automatique, la demande reste votre meilleure arme

Sur le papier, vous n’avez rien à faire. Les banques doivent repérer leurs clients fragiles par un mécanisme automatique, appliquer le plafond de 25 € sans formalité et proposer l’offre spécifique par écrit. En pratique, ce courrier ressemble à s’y méprendre à une brochure commerciale, et il finit souvent à la corbeille avec les publicités pour l’assurance du téléphone. Ouvrez-le. La proposition s’y cache, avec le bulletin de souscription.

Rien ne vous interdit de prendre les devants. Écrivez à votre conseiller, par lettre recommandée ou message sécurisé depuis l’espace client, en demandant l’application de l’article R. 312-4-3 du code monétaire et financier et la souscription de l’offre spécifique. Joignez vos relevés surlignés : la ligne « commission d’intervention » qui s’empile, parfois huit fois sur la même semaine, fait un excellent argument. Le dispositif souffre du même mal que les aides sociales non réclamées : le droit existe, le réflexe manque.

Refus ou silence : réclamation, médiateur, puis ACPR

Première étape, la réclamation écrite au service client de la banque. Gardez-en la trace. Sans réponse satisfaisante sous deux mois, saisissez le médiateur bancaire : gratuit, indépendant, ses coordonnées figurent sur vos relevés de compte et sur le site de votre banque, et il rend un avis dans les 90 jours. Les associations de consommateurs, les CCAS et les Points conseil budget peuvent aussi activer la « cellule alerte inclusion » mise en place par la profession pour débloquer les dossiers qui traînent.

Reste le gendarme. L’ACPR, l’autorité qui supervise les banques, ne tranche pas les litiges individuels, mais un signalement via la plateforme Assurance Banque Épargne Info Service documente les manquements et pèse sur les contrôles. Les plafonds, eux, s’appliquent sans condition de bonne volonté : chaque euro prélevé au-delà de 25 € par mois sur un client fragile détecté est remboursable, et se réclame.

Un dernier levier, immédiat. La banque doit vous informer 14 jours au moins avant de débiter des frais d’incident. Les incidents de l’été arrivent donc sur les relevés d’août et de septembre : comptez-les dès réception. Cinq sur un même mois, et votre lettre part le jour même, avant que le prélèvement ne tombe.

Julien Juchereau

Écrit par

Julien Juchereau

Rédacteur web d'actualité, Julien Juchereau suit l'actualité de la consommation et décrypte les sujets qui pèsent sur le budget des ménages : énergie, banque, télécoms, logement, santé et droits des consommateurs. Il s'appuie sur les textes de loi et les sources officielles, et vérifie les démarches avant de les expliquer.

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