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Drive ou magasin : où les prix sont-ils vraiment les plus bas ?

· Julien Juchereau

Drive ou magasin : où les prix sont-ils vraiment les plus bas ?

Beaucoup de clients sont convaincus de payer plus cher au drive que dans les rayons de la même enseigne. Le principal relevé réalisé en France sur cette question dit l’inverse : à une exception près, les prix sont quasiment identiques. Ce qui creuse la différence, ce sont les frais, les promotions et les produits manquants.

L’essentiel

  • Selon l’UFC-Que Choisir, qui a relevé les prix dans 1 304 magasins du 23 septembre au 7 octobre 2023, l’écart moyen entre un magasin et son propre drive va de −1 % à +1 % chez tous les distributeurs sauf un. Résultat publié le 9 février 2024.
  • Seule enseigne à s’écarter de la règle à cette date : Casino, avec une facture 17 % plus élevée en magasin qu’au drive selon l’association — un chiffre que l’enseigne a contesté.
  • Les frais de préparation et le montant minimum de commande doivent vous être annoncés avant que vous validiez. À défaut, l’article L221-6 du code de la consommation prévoit que vous n’êtes pas tenu de les payer.
  • Le drive relève juridiquement de la vente à distance : vous disposez de 14 jours de rétractation (article L221-18), mais les denrées périssables en sont exclues (article L221-28).

Le drive, c’est une commande passée en ligne sur le site d’une enseigne, préparée par le magasin, puis retirée sur place à un créneau choisi. Le paiement se fait le plus souvent au moment de la commande. Cette organisation nourrit un soupçon tenace : puisque quelqu’un fait les courses à votre place, l’enseigne se rattraperait sur les étiquettes. Les relevés disponibles ne le confirment pas. En revanche, plusieurs postes bien réels alourdissent la note finale, sans rien devoir au prix des produits.

Ce que disent les relevés : à un point près, le même prix

L’enquête de référence est celle de l’UFC-Que Choisir. Ses enquêteurs ont relevé les prix d’une série de produits dans 1 304 magasins de grandes enseignes, du 23 septembre au 7 octobre 2023, pour les comparer aux prix du drive de ces mêmes magasins. Résultats publiés le 9 février 2024 : pour tous les distributeurs sauf un, l’écart moyen entre un magasin physique et son drive est compris entre −1 % et +1 %.

Un tel écart n’est pas significatif : sur un caddie à 100 €, il représente au maximum un euro dans un sens ou dans l’autre. Soyons clairs sur la date : ces relevés ont désormais près de trois ans, et nous n’avons pas trouvé de comparaison drive/rayon plus récente de méthodologie équivalente. Le constat reste daté de l’automne 2023 ; rien ne garantit qu’aucune enseigne n’a changé de politique depuis.

L’exception qui montre qu’un écart reste possible

Une enseigne s’écartait nettement de la règle lors de ces relevés : Casino, seul distributeur du panel à appliquer une politique tarifaire différenciée selon le canal. L’UFC-Que Choisir y a mesuré une facture globale 17 % plus élevée en magasin physique qu’au drive. Interrogée, l’enseigne a contesté l’ampleur du chiffre, avançant un écart « de l’ordre de 9 % en hypermarché » et « de 15 % en supermarché » — même réduits, des ordres de grandeur élevés.

L’exemple est instructif à deux titres. D’abord, rien n’interdit à un distributeur de pratiquer deux grilles de prix, une en rayon et une en ligne : la loi impose d’afficher clairement le prix, pas de l’aligner d’un canal à l’autre. Ensuite, l’écart peut jouer dans le sens qu’on n’attend pas — ici, c’était le magasin physique le plus cher. Retenez la méthode plutôt que le classement : avant une grosse commande, comparez vous-même deux ou trois références que vous achetez systématiquement.

Frais de préparation, minimum de commande, temps passé

Le vrai sujet n’est pas l’étiquette. Certaines enseignes facturent des frais de préparation ou de retrait, d’autres non ; certaines imposent un minimum de commande ; la livraison à domicile est presque toujours payante, selon une grille distincte du drive. Ces montants varient d’une enseigne à l’autre, parfois d’un magasin à l’autre : il n’existe pas de tarif national à citer. À vous de les lire sur la page de commande avant de valider.

Le droit vous aide. L’article L221-5 du code de la consommation oblige le professionnel à vous communiquer, avant la conclusion du contrat, le prix du bien et les frais applicables, de manière lisible et compréhensible. L’article L221-6 va plus loin : s’il n’a pas respecté cette obligation d’information sur les frais supplémentaires, vous n’êtes pas tenu de les payer. L’article L221-7 ajoute que la charge de la preuve pèse sur le professionnel, pas sur vous. Reste le coût non facturé : un créneau à respecter, un trajet, et parfois des pénalités de commande non retirée prévues par les conditions générales — l’UFC-Que Choisir signale que certains drives en appliquent.

Promotions et carte de fidélité : le périmètre change tout

C’est probablement là que se joue la différence la plus concrète. Les opérations commerciales ne couvrent pas forcément les deux canaux au même moment, et les conditions générales des programmes de fidélité prévoient des restrictions. Celles d’Intermarché, par exemple, indiquent que les avantages carte sont acquis dans les points de vente participant au programme et sur les supports digitaux, avec une règle propre au drive : l’avantage est inscrit sur la carte au moment du retrait. Elles précisent aussi que certains avantages ne sont pas cumulables avec une autre offre promotionnelle.

Autrement dit, une promotion vue en tête de gondole n’est pas automatiquement reprise en ligne, et l’inverse est vrai aussi. Le réflexe utile : vérifiez que la remise annoncée apparaît bien dans le récapitulatif du panier, et pas seulement sur la fiche produit. Les règles d’affichage des réductions valent en ligne comme en magasin : selon le site officiel Service-Public, toute annonce de réduction doit indiquer le montant de la réduction et le prix de référence, c’est-à-dire le prix pratiqué pendant au moins 30 jours avant l’opération.

Produits frais, substitutions et produits manquants

Au drive, vous ne choisissez pas vos fruits ni la date limite de consommation de votre viande. C’est le principal renoncement du service, et il a une valeur économique : un produit à date courte se consomme plus vite ou se jette. Vérifiez donc les produits au moment du retrait, tant que vous êtes sur place. L’UFC-Que Choisir rappelle qu’ils doivent correspondre à la commande et qu’une contestation ultérieure aboutit plus difficilement. Un article non conforme ou abîmé ouvre droit à son remplacement ou à son remboursement.

Les produits manquants relèvent d’une autre logique. Le professionnel doit vous informer des articles indisponibles au moment où vous récupérez vos achats. Selon l’Institut national de la consommation, le montant payé est alors révisé à la baisse et l’excédent perçu doit vous être remboursé au plus tard dans les 14 jours, par le même moyen de paiement et sans frais. Si l’enseigne propose un produit de remplacement, vous n’êtes pas obligé de l’accepter : ce n’est pas ce que vous avez commandé.

Prix affiché, prix facturé : vos droits en cas d’écart

Un commerçant doit afficher ses prix en euros toutes taxes comprises, de façon claire, sans que vous ayez à les demander. Pour la plupart des denrées préemballées et des produits d’hygiène, le prix à l’unité de mesure — au kilo, au litre — doit aussi figurer. Selon Service-Public, le manquement à ces règles est passible d’une amende pouvant atteindre 3 000 € pour une personne physique et 15 000 € pour une personne morale ; une pratique commerciale trompeuse relève d’un régime bien plus lourd.

Si le prix facturé ne correspond pas au prix affiché, la plateforme publique SignalConso indique que vous pouvez demander à payer le prix le plus bas affiché, sauf erreur manifeste — une télévision à trois euros n’entre pas dans ce cadre. Signalez l’écart avant de payer si vous le repérez à temps ; sinon, conservez le ticket ou la facture et demandez le remboursement de la différence. En cas de refus, un signalement sur SignalConso transmet le dossier au professionnel et le rend visible des agents de la DGCCRF.

Rétractation : la règle contre-intuitive du drive

Beaucoup de clients pensent qu’une commande retirée en magasin est un achat en magasin, donc sans droit de rétractation. C’est faux. L’article L221-1 du code de la consommation définit le contrat à distance comme celui conclu sans présence physique simultanée des parties, dans le cadre d’un système organisé de vente à distance. La commande drive est conclue en ligne : elle entre dans cette définition, et l’Institut national de la consommation confirme que le drive relève des articles L221-1 et suivants.

Conséquence : le délai de rétractation de 14 jours prévu à l’article L221-18 s’applique, et il court à compter de la réception du bien, donc du retrait. Mais l’article L221-28 exclut plusieurs catégories, dont les biens susceptibles de se détériorer ou de se périmer rapidement et les biens descellés non renvoyables pour des raisons d’hygiène. En pratique, le fer à repasser et les produits d’entretien restent renvoyables ; les yaourts, la viande, les surgelés et les fruits frais, non. Enfin, si le contrat est résolu faute de commande honorée, l’article L216-7 impose de vous rembourser la totalité des sommes versées sous 14 jours.

Vos questions, nos réponses

Le drive est-il plus cher que le magasin ?

D’après les relevés de l’UFC-Que Choisir menés dans 1 304 magasins à l’automne 2023 et publiés le 9 février 2024, non : l’écart moyen se situe entre −1 % et +1 % chez tous les distributeurs sauf Casino. Ces relevés sont anciens et aucune étude comparable plus récente n’a été identifiée. Sur votre panier, la différence vient surtout des frais de service, des promotions non reprises et des produits manquants.

Puis-je me faire rembourser un produit manquant dans ma commande drive ?

Oui. Le professionnel doit vous signaler les articles indisponibles au moment du retrait et réviser le montant à la baisse. Selon l’Institut national de la consommation, l’excédent perçu doit vous être remboursé au plus tard dans les 14 jours, par le même moyen de paiement et sans frais. Vous n’êtes pas obligé d’accepter un produit de substitution ni un avoir.

Peut-on annuler une commande drive après l’avoir payée ?

Le drive relève de la vente à distance : le droit de rétractation de 14 jours de l’article L221-18 s’applique aux articles concernés, à compter du retrait. Il ne couvre toutefois pas les denrées périssables ni les produits descellés, exclus par l’article L221-28 — ce qui écarte l’essentiel d’un panier alimentaire. Avant le retrait, l’annulation dépend des conditions générales de l’enseigne : lisez-les, elles peuvent prévoir des pénalités.

Julien Juchereau

Écrit par

Julien Juchereau

Rédacteur web d'actualité, Julien Juchereau suit l'actualité de la consommation et décrypte les sujets qui pèsent sur le budget des ménages : énergie, banque, télécoms, logement, santé et droits des consommateurs. Il s'appuie sur les textes de loi et les sources officielles, et vérifie les démarches avant de les expliquer.

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