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Copropriété & charges

Charges de copropriété : repérer et contester une hausse abusive

· Julien Juchereau

Charges de copropriété : repérer et contester une hausse abusive

Votre appel de fonds a grimpé et personne ne vous explique pourquoi. Il existe une méthode : comprendre comment votre quote-part est calculée, comparer le budget voté aux dépenses réelles, puis repérer les lignes qui n’ont rien à faire là. Voici les vérifications à mener, vos droits et les délais qui décident du sort d’un dossier.

L’essentiel

  • Les charges générales se répartissent selon vos tantièmes ; les charges spéciales, selon l’utilité objective du service pour votre lot (article 10 de la loi du 10 juillet 1965).
  • Avant l’assemblée qui approuve les comptes, le syndic doit tenir les pièces justificatives à votre disposition, pendant un délai qui ne peut être inférieur à un jour ouvré.
  • La rémunération du syndic est forfaitaire ; seules les prestations figurant dans la liste limitative du décret n° 2015-342 du 26 mars 2015 peuvent être facturées en plus.
  • Une décision d’assemblée générale se conteste en deux mois à compter de la notification du procès-verbal, à peine de forclusion. Passé ce délai, elle est définitive.

Les charges de copropriété sont les dépenses engagées par le syndicat des copropriétaires pour l’administration, la conservation et l’entretien des parties communes, ainsi que pour le fonctionnement des services collectifs et des équipements communs : chauffage, ascenseur, gardiennage, assurance, honoraires du syndic. Chaque euro dépensé est réparti entre les lots selon une clé inscrite dans le règlement de copropriété. C’est là que se logent la plupart des erreurs, et parfois les abus.

Charges générales, charges spéciales : deux règles de calcul

L’article 10 de la loi du 10 juillet 1965 pose deux régimes distincts. Les charges générales — conservation, entretien et administration des parties communes, cotisation au fonds de travaux — sont dues par tous, proportionnellement à la valeur relative des parties privatives de chaque lot : c’est la logique des tantièmes. Les charges spéciales correspondent aux services collectifs et aux éléments d’équipement commun : elles se répartissent selon l’utilité objective que ces services présentent pour chaque lot.

Concrètement, un lot qui ne peut matériellement pas profiter d’un équipement n’a pas à en supporter le coût de fonctionnement. Mais le critère est l’utilité objective, pas l’usage : un propriétaire du premier étage qui prend toujours l’escalier participe malgré tout aux charges d’ascenseur si son lot est desservi. C’est le règlement de copropriété qui fixe, pour chaque catégorie de charges, la quote-part de chaque lot, et qui doit indiquer la méthode de calcul retenue.

Vos tantièmes : où les vérifier, quand les contester

Les tantièmes figurent dans l’état descriptif de division annexé au règlement de copropriété. Premier réflexe : ressortez ce document et vérifiez que les tantièmes utilisés par le syndic sur votre décompte correspondent. Une erreur de saisie, un lot divisé ou réuni sans mise à jour du règlement, et la répartition se décale pour tout l’immeuble.

Si la répartition elle-même vous paraît injuste, le droit ouvre deux voies exigeantes. D’après Service-Public, un copropriétaire peut demander en justice la révision de la répartition lorsque sa quote-part est supérieure de plus d’un quart à ce qu’elle devrait être. Une action en nullité est possible lorsque la répartition ne respecte pas les critères légaux. Ces contentieux supposent une expertise : ne les engagez pas sur une impression.

Ce qui est récupérable sur le locataire, ce qui ne l’est pas

Si vous louez, une partie seulement des charges est refacturable à votre locataire. La liste, fixée par le décret n° 87-713 du 26 août 1987, est limitative : ce qui n’y figure pas n’est pas récupérable, et toute clause contraire du bail est sans effet. On y trouve notamment l’ascenseur, l’eau, le chauffage collectif, l’entretien courant des parties communes et la taxe d’enlèvement des ordures ménagères.

La frontière se joue sur la nature de la dépense. L’entretien courant et les menues réparations sont récupérables ; les travaux de modernisation, de mise en conformité ou de remplacement d’un équipement restent à la charge du propriétaire. Vérifiez que le décompte distingue clairement ces deux blocs : une régularisation bâtie sur un total indifférencié est contestable par votre locataire.

Budget prévisionnel contre dépenses réelles : le premier réflexe

Chaque année, l’assemblée générale vote un budget prévisionnel pour les dépenses courantes. En application de l’article 14-1 de la loi de 1965, les copropriétaires versent des provisions égales au quart du budget voté, exigibles le premier jour de chaque trimestre ou de la période fixée par l’assemblée. À la clôture de l’exercice, le syndic compare ces provisions aux dépenses réelles et régularise.

La bonne méthode tient en un tableau à trois colonnes : budget voté, dépenses réalisées, exercice précédent. Poste par poste. Un écart isolé n’a rien d’anormal — un hiver rigoureux, une panne. Ce qui doit alerter, c’est l’écart répété sur la même ligne, ou une dépense importante apparue sans vote. Rappelons que les travaux ne relèvent pas du budget prévisionnel : ils font l’objet de votes et d’appels de fonds distincts. Une facture de travaux glissée dans les charges courantes est une anomalie.

Les postes à éplucher en priorité

Le chauffage collectif est le poste le plus lourd et le plus opaque. La loi impose au syndic de tenir à votre disposition une note d’information sur les modalités de calcul des charges de chauffage, de refroidissement et d’eau chaude collectifs : réclamez-la, elle explique la clé appliquée. Pour l’eau, comparez le relevé du compteur général à la somme des compteurs divisionnaires : un écart durable trahit souvent une fuite sur le réseau commun.

Sur l’ascenseur, exigez le contrat d’entretien et vérifiez son périmètre : beaucoup de dépassements viennent de « réparations » facturées hors contrat alors qu’elles relèvent de la maintenance incluse. Pour l’assurance de l’immeuble, demandez l’avis d’échéance et cherchez l’origine de la hausse : revalorisation contractuelle, extension de garanties, ou majoration après une série de sinistres. Dans ce dernier cas, la mise en concurrence mérite d’être inscrite à l’ordre du jour.

Syndic : le forfait, les prestations particulières et les frais de relance

C’est souvent ici que se nichent les sommes indues. L’article 18-1 A de la loi de 1965 pose un principe simple : la rémunération du syndic est forfaitaire pour la gestion courante. Le décret n° 2015-342 du 26 mars 2015 définit le contrat type et fixe en annexe une liste limitative des prestations particulières pouvant donner lieu à une rémunération complémentaire, pour les contrats conclus ou renouvelés après le 1er juillet 2015. Une ligne facturée en supplément qui ne figure pas sur cette liste relève du forfait : elle n’a pas à être payée deux fois.

Deux autres points méritent attention. Les honoraires du syndic sur des travaux doivent être votés en même temps que les travaux, et exprimés en pourcentage du montant hors taxes à un taux dégressif selon l’importance du chantier : une facturation décidée après coup est irrégulière. Quant aux frais de relance, l’article 10-1 de la loi de 1965 ne les met à la charge du seul copropriétaire concerné qu’à compter de la mise en demeure : une simple lettre de rappel envoyée avant cette étape n’a pas à vous être facturée. Le non-respect de l’article 18-1 A est passible d’une amende administrative pouvant atteindre 3 000 € pour une personne physique et 15 000 € pour une personne morale.

Consulter, contester, saisir : les délais à ne pas rater

Votre principal levier est antérieur au conflit. En vertu de l’article 18-1 de la loi de 1965, entre la convocation et la tenue de l’assemblée appelée à approuver les comptes, le syndic doit tenir à la disposition des copropriétaires les pièces justificatives des charges : factures, contrats de fourniture et d’exploitation en cours, quantités consommées et prix unitaires par catégorie. L’article 9-1 du décret du 17 mars 1967 en précise les modalités : lieu, jours et heures sont indiqués dans la convocation, et la durée de consultation ne peut être inférieure à un jour ouvré. Vous pouvez vous faire assister d’un membre du conseil syndical, et obtenir des copies à vos frais.

Le conseil syndical, lui, assiste le syndic et contrôle sa gestion : il peut demander copie de tous documents et registres relatifs à cette gestion, et met en concurrence plusieurs projets de contrats de syndic avant l’assemblée qui désigne un syndic professionnel, sauf dispense votée. Passez par lui pour faire inscrire vos demandes à l’ordre du jour. Enfin, les délais : une décision d’assemblée ne peut être contestée que par les copropriétaires opposants ou défaillants, dans les deux mois de la notification du procès-verbal, à peine de forclusion — le syndic devant notifier ce procès-verbal dans le mois suivant l’assemblée. Pour les autres actions personnelles entre un copropriétaire et le syndicat, la prescription est de cinq ans. Avant le tribunal judiciaire, une tentative de conciliation, de médiation ou de procédure participative est obligatoire pour les demandes en paiement n’excédant pas 5 000 €, sous peine d’irrecevabilité : le conciliateur de justice, gratuit, est la voie la plus simple.

Vos questions, nos réponses

Puis-je refuser de payer des charges que je conteste ?

Non, et c’est un piège classique. La contestation ne suspend pas l’exigibilité des appels de fonds : cesser de payer vous expose à une procédure de recouvrement et à des frais mis à votre charge à compter de la mise en demeure. Payez, puis contestez par écrit et dans les délais. Un arrêt de la Cour de cassation du 20 novembre 2025 (n° 23-23.315) a toutefois resserré la procédure accélérée de recouvrement, en exigeant l’approbation préalable des comptes concernés.

Combien de temps pour contester une décision d’assemblée générale ?

Deux mois à compter de la notification du procès-verbal, et seulement si vous étiez opposant ou absent. C’est un délai de forclusion : passé, la décision devient définitive quel que soit le vice invoqué. Sauf urgence, l’exécution par le syndic des travaux décidés est suspendue jusqu’à son expiration.

Comment savoir si mon syndic me facture des prestations indues ?

Sortez votre contrat de syndic et confrontez chaque ligne facturée hors forfait à la liste limitative annexée au décret du 26 mars 2015 : toute prestation absente de cette liste est censée être couverte par le forfait. Demandez ensuite une justification écrite ligne par ligne, avec copie au conseil syndical.

Julien Juchereau

Écrit par

Julien Juchereau

Rédacteur web d'actualité, Julien Juchereau suit l'actualité de la consommation et décrypte les sujets qui pèsent sur le budget des ménages : énergie, banque, télécoms, logement, santé et droits des consommateurs. Il s'appuie sur les textes de loi et les sources officielles, et vérifie les démarches avant de les expliquer.

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