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Fonds euros 2026 : pourquoi ils remontent et comment comparer

· Julien Juchereau

Fonds euros 2026 : pourquoi ils remontent et comment comparer

Longtemps délaissé, le fonds en euros de l’assurance vie retrouve des couleurs : le taux moyen servi en 2025 s’est établi à 2,63 % net de frais de gestion selon l’ACPR, avec des écarts de plus de deux points entre contrats. Voici comment fonctionne ce placement, ce que la garantie couvre vraiment, et les critères pour comparer deux contrats sans se fier au seul taux affiché.

L’essentiel

  • Taux moyen 2025 : 2,63 %, comme en 2024, selon l’ACPR. Net de frais de gestion, brut de prélèvements sociaux, et sans valeur d’engagement pour les années suivantes.
  • Un fonds en euros est investi à environ 80 % en obligations : la remontée des taux se diffuse lentement, au rythme du renouvellement du portefeuille.
  • La garantie porte sur le fonds en euros, pas sur les unités de compte du même contrat, et s’entend nette des frais de gestion annuels.
  • Après huit ans, abattement annuel de 4 600 € (9 200 € pour un couple) sur les gains retirés. Les prélèvements sociaux de 17,2 % sont, eux, prélevés chaque année.

Un fonds en euros est le compartiment à capital garanti d’un contrat d’assurance vie : l’assureur s’engage à ce que les sommes qui y sont placées ne baissent pas, et il verse chaque année des intérêts définitivement acquis. C’est ce qui le distingue des unités de compte, dont la valeur peut monter comme descendre. Après une décennie de rendements très bas, la remontée des taux d’intérêt a redonné du souffle à ce support. Mais un taux affiché ne dit pas tout : les frais, les conditions d’accès et la fiscalité pèsent lourd.

Ce que la garantie couvre, et ce qu’elle ne couvre pas

Pour tenir sa promesse, l’assureur investit prudemment. D’après La finance pour tous, le portefeuille d’un fonds en euros est constitué « pour 80 % environ d’obligations » – des titres de dette émis par des États ou des entreprises – complétés par une poche d’actions de 5 à 10 % et par de l’immobilier. Le risque financier est porté par la compagnie : c’est l’effet cliquet, qui interdit à l’assureur de répercuter les moins-values sur les contrats.

Deux limites, ensuite. La garantie s’entend nette des frais de gestion annuels : le capital est protégé une fois ces frais déduits, si bien qu’un rendement inférieur aux frais aboutit à une performance nulle plutôt que positive. Et elle ne concerne que le fonds en euros : si votre contrat contient aussi des unités de compte, celles-ci ne sont pas garanties et peuvent faire baisser la valeur globale du contrat. En cas de défaillance de l’assureur, l’indemnisation est par ailleurs plafonnée à 70 000 €, tous contrats confondus par compagnie.

Pourquoi les rendements sont remontés, et pourquoi ils bougent lentement

Le lien est mécanique : quand les taux obligataires montent, les obligations nouvellement achetées rapportent davantage. La finance pour tous relevait début février 2026 que « le taux de rendement des OAT s’est sensiblement apprécié », permettant aux assureurs de capter des rendements plus élevés. Mais un fonds en euros ne se renouvelle pas d’un coup : il détient un stock d’obligations anciennes, souscrites à des taux bas, qui n’arrivent à échéance que progressivement. L’amélioration se diffuse donc par petites touches.

Le second amortisseur s’appelle la provision pour participation aux bénéfices, ou PPB. L’assureur n’est pas tenu de tout distribuer immédiatement : les sommes mises en réserve doivent être versées aux souscripteurs au cours des huit exercices suivants, selon l’article A132-16 du code des assurances. Il met donc de côté les bonnes années et pioche dans la réserve les mauvaises, pour lisser le taux servi. Selon l’ACPR citée par MoneyVox le 30 juin 2026, cette réserve représentait environ 4 % des encours à fin 2025. Un rendement passé reste un indice de gestion, jamais une promesse pour l’année suivante.

Les frais : le premier critère de comparaison

Trois familles de frais rognent le rendement : les frais sur versement, prélevés une fois à chaque dépôt ; les frais de gestion annuels du fonds en euros, prélevés chaque année sur l’encours ; les frais d’arbitrage, si vous déplacez de l’argent entre supports. Un relevé publié par l’UFC-Que Choisir en novembre 2024 donne un ordre de grandeur : près de sept contrats sur dix appliquent des frais de gestion compris entre 0,6 % et 0,8 % sur le fonds en euros. Côté versements, environ quatre contrats sur dix ne prélèvent rien, tandis qu’un sur cinq facture plus de 4 %.

Ces écarts ne sont pas anecdotiques : toujours selon l’UFC-Que Choisir, pour 25 000 € placés vingt ans, une différence de 0,2 % de frais de gestion peut représenter plus de 1 000 € de manque à gagner. Depuis le 1er juin 2022, les distributeurs d’assurance vie et de plan d’épargne retraite doivent publier sur leur site un tableau standardisé de leurs frais : cherchez-le, ou réclamez-le, avant de signer.

Le meilleur taux est souvent conditionnel

De nombreux assureurs ne servent leur taux le plus élevé qu’aux épargnants qui acceptent des contreparties. La finance pour tous décrivait ainsi début 2026 des bonifications de 0,20 à 0,50 point réservées aux souscripteurs plaçant 20 à 30 % de leur épargne en unités de compte, c’est-à-dire sur des supports non garantis. Le taux moyen de 2,63 % calculé par l’ACPR pour 2025 « intègre les bonifications de revalorisation quel qu’en soit le motif » : un épargnant qui n’y a pas droit perçoit donc moins.

Avant de comparer deux chiffres, posez-vous trois questions. Le taux annoncé est-il le taux de base ou le taux bonifié ? Quelle part d’unités de compte faut-il détenir pour l’obtenir ? Le bonus est-il acquis pour plusieurs années ou remis en jeu chaque exercice ? Certains contrats, relève MoneyVox, ne permettent d’ailleurs pas de se positionner à 100 % sur le fonds en euros.

Disponibilité de l’épargne et délais de rachat

Contrairement à une idée reçue, l’argent placé en assurance vie n’est pas bloqué huit ans. Vous pouvez demander un rachat, total ou partiel, à tout moment. L’article L132-21 du code des assurances impose à l’assureur de verser la valeur de rachat « dans un délai qui ne peut excéder deux mois ». Au-delà, les sommes non versées produisent automatiquement intérêt au taux légal majoré de moitié pendant deux mois, puis au double du taux légal. Les délais constatés sont souvent plus courts, mais un fonds en euros n’a pas la liquidité immédiate d’un livret.

Une limite supplémentaire existe. L’article L631-2-1 du code monétaire et financier autorise le Haut Conseil de stabilité financière à « limiter temporairement, pour tout ou partie du portefeuille, le paiement des valeurs de rachat » en cas de menace grave pour la stabilité financière. Ces mesures sont bornées : trois mois, renouvelables, sans pouvoir être maintenues plus de six mois consécutifs.

La fiscalité : huit ans, abattement et prélèvements sociaux

Deux prélèvements se superposent, et ils ne tombent pas au même moment. Les prélèvements sociaux, au taux de 17,2 %, sont prélevés chaque année sur les intérêts du fonds en euros, à l’inscription en compte, même si vous ne retirez rien. Point important pour 2026 : la loi de financement de la Sécurité sociale a porté le taux global à 18,6 % au 1er janvier 2026 sur plusieurs revenus du capital, mais les produits des contrats d’assurance vie et de capitalisation en ont été expressément exclus et restent à 17,2 %, comme le confirme l’UFC-Que Choisir.

L’impôt sur le revenu, lui, ne se déclenche qu’au moment d’un rachat. Selon impots.gouv.fr, les contrats de plus de huit ans ouvrent droit à un abattement annuel de 4 600 € pour une personne seule et 9 200 € pour un couple marié ou pacsé, appliqué sur la seule fraction de gains retirée. Au-delà, les produits correspondant aux versements postérieurs au 27 septembre 2017 sont taxés à 7,5 % tant que l’encours de primes ne dépasse pas 150 000 €, et à 12,8 % au-delà. En cas de rachat partiel, vous ne retirez pas que des gains : selon la doctrine fiscale publiée au BOFiP, le produit imposable est égal au montant du rachat, diminué des primes versées retenues au prorata du rachat rapporté à la valeur totale du contrat. Plus le contrat est chargé en plus-values, plus la part taxable du retrait est élevée.

Face aux livrets réglementés : quatre différences à peser

La comparaison est légitime, à condition de ne pas s’arrêter au rendement. Sur le taux, le Livret A et le LDDS passent à 1,7 % au 1er août 2026 et le LEP se maintient à 2,5 %, contre 2,63 % en moyenne pour les fonds en euros en 2025. Ces chiffres ne sont pourtant pas comparables tels quels : les livrets réglementés sont totalement exonérés d’impôt et de prélèvements sociaux, alors que le rendement d’un fonds en euros s’entend avant les 17,2 % de prélèvements sociaux et, le cas échéant, avant impôt.

Trois paramètres complètent le tableau. La disponibilité : un livret se vide en quelques jours, un rachat d’assurance vie peut prendre jusqu’à deux mois. Le plafond : 22 950 € pour un Livret A, contre aucun plafond légal de versement en assurance vie. La durée utile : l’avantage fiscal de l’assurance vie ne se déploie qu’après huit ans, quand le livret ne demande aucune ancienneté. Aucun de ces produits n’est supérieur à l’autre dans l’absolu : tout dépend de l’horizon de votre projet, et un doute sur votre situation justifie de consulter un professionnel indépendant.

Vos questions, nos réponses

Le capital d’un fonds en euros est-il vraiment garanti ?

Oui, avec deux nuances. La garantie s’entend nette des frais de gestion annuels : la performance est au mieux positive, au pire nulle une fois ces frais déduits. Et elle ne couvre que le fonds en euros, jamais les unités de compte détenues sur le même contrat.

Faut-il attendre huit ans pour retirer son argent ?

Non. Vous pouvez demander un rachat partiel ou total à tout moment, et l’assureur dispose au maximum de deux mois pour vous verser les fonds, selon l’article L132-21 du code des assurances. Les huit ans ne sont pas une durée de blocage mais un seuil fiscal, à partir duquel s’appliquent l’abattement annuel et un taux d’imposition réduit.

Un rendement de 4 % en 2025 signifie-t-il 4 % en 2026 ?

Non, en aucun cas. Le taux servi est fixé chaque année par l’assureur, selon le rendement de son portefeuille et la réserve qu’il choisit de mobiliser. Un bon millésime est un indice utile, jamais un engagement sur les exercices suivants. Vérifiez aussi si le taux annoncé était conditionné à une part minimale d’unités de compte.

Julien Juchereau

Écrit par

Julien Juchereau

Rédacteur web d'actualité, Julien Juchereau suit l'actualité de la consommation et décrypte les sujets qui pèsent sur le budget des ménages : énergie, banque, télécoms, logement, santé et droits des consommateurs. Il s'appuie sur les textes de loi et les sources officielles, et vérifie les démarches avant de les expliquer.

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