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Mutuelle & frais de santé

Changer de mutuelle quand on veut : la marche à suivre

· Julien Juchereau

Changer de mutuelle quand on veut : la marche à suivre

Depuis le 1er décembre 2020, vous pouvez quitter votre complémentaire santé quand vous le souhaitez, dès lors que votre contrat a plus d’un an. La démarche ne coûte rien, n’exige aucune justification, et c’est le nouvel organisme qui l’accomplit à votre place. Voici la procédure, les délais réels et les vérifications à faire avant de signer ailleurs.

L’essentiel

  • Résiliation possible après un an de contrat, sans frais ni pénalités et sans motif à donner (loi du 14 juillet 2019, applicable depuis le 1er décembre 2020).
  • Le nouvel organisme accomplit les formalités pour votre compte et doit garantir la continuité de votre couverture.
  • La résiliation prend effet un mois après réception de la notification par l’ancien organisme. Le solde de cotisation vous est remboursé dans les 30 jours.
  • Les contrats collectifs obligatoires d’entreprise ne relèvent pas de ce dispositif : seul l’employeur peut les résilier.

La résiliation infra-annuelle est le droit de mettre fin à son contrat de complémentaire santé à n’importe quel moment de l’année, sans attendre l’échéance annuelle, une fois passée la première année d’engagement. Avant elle, il fallait viser la date anniversaire du contrat, sous peine d’être reconduit pour douze mois. Le dispositif est né de la loi n° 2019-733 du 14 juillet 2019 relative au droit de résiliation sans frais des contrats de complémentaire santé. Le décret n° 2020-1438 du 24 novembre 2020 l’a rendu applicable au 1er décembre 2020, y compris aux contrats et adhésions déjà en cours à cette date.

Ce que dit exactement la loi

La loi de 2019 n’a pas créé un texte isolé : elle a inséré les mêmes règles dans les trois codes qui régissent les organismes complémentaires. On les retrouve aux articles L. 221-10-2 et L. 221-10-3 du code de la mutualité, aux articles L. 932-12-1, L. 932-12-2, L. 932-21-2 et L. 932-21-3 du code de la sécurité sociale, et aux articles L. 113-14 et L. 113-15-2 du code des assurances. Peu importe donc le statut de votre organisme : les droits sont identiques.

Le texte du code de la mutualité est explicite : l’adhérent peut mettre fin à son adhésion « après expiration d’un délai d’un an à compter de la première souscription, sans frais ni pénalités ». Aucun motif n’est exigé. Le même article prévoit que ce droit doit vous être rappelé avec chaque avis d’échéance de cotisation. La confirmation que vous pouvez partir figure donc sur le document que votre organisme vous envoie chaque année.

La condition d’ancienneté : un an, et pas moins

C’est la seule vraie condition. Le délai d’un an court à compter de la première souscription du contrat, et non de chaque reconduction annuelle. Une fois cette première année écoulée, la faculté reste ouverte en permanence : ni fenêtre à respecter, ni date anniversaire à guetter. En revanche, tant que le contrat a moins de douze mois, la résiliation infra-annuelle ne s’applique pas.

Vous n’êtes pas pour autant bloqué pendant la première année. L’article L. 221-17 du code de la mutualité prévoit une résiliation hors échéance en cas de changement de domicile, de situation ou de régime matrimonial, de profession, de départ en retraite ou de cessation définitive d’activité, à condition que le risque assuré soit directement lié à la situation antérieure. La demande doit intervenir dans les trois mois suivant l’événement ou sa révélation, la résiliation prend effet un mois après réception de la notification, et aucune indemnité ne peut vous être réclamée.

La marche à suivre : laissez faire le nouvel organisme

C’est le point qui change tout. Lorsque vous résiliez pour souscrire ailleurs une couverture des frais de maladie, de maternité ou d’accident, la loi impose au nouvel organisme d’effectuer « pour le compte de l’adhérent » les formalités nécessaires. Vous n’avez donc, en principe, aucun courrier à écrire à votre ancienne mutuelle.

Le décret du 24 novembre 2020 décrit la mécanique. Vous adressez au nouvel organisme, sur support papier ou tout autre support durable, une demande exprimant clairement votre volonté de résilier le contrat en cours et d’adhérer au nouveau. Celui-ci notifie ensuite l’ancien par lettre recommandée ou envoi recommandé électronique, en indiquant la référence du contrat, votre nom et votre adresse ainsi que son propre nom, et en rappelant qu’il s’assure de la continuité de la couverture. La date de réception est présumée être le premier jour suivant l’envoi. Préparez donc votre numéro de contrat et les coordonnées exactes de votre organisme actuel.

Les délais et la date d’effet réelle

La résiliation prend effet un mois après que l’ancien organisme a reçu la notification. Ce délai fait partie du dispositif légal : il n’est pas négociable. Comptez donc en pratique un peu plus d’un mois entre votre signature chez le nouvel assureur et la bascule effective, le temps que le courrier recommandé parte et que le délai s’écoule.

Le décret prévoit une garantie importante contre les trous de couverture : le nouveau contrat ne peut pas prendre effet avant la prise d’effet de la résiliation de l’ancien. Vous ne payez donc pas deux cotisations pour la même période. Enfin, si vous avez réglé d’avance, l’organisme quitté doit vous rembourser le solde dans les trente jours suivant la date d’effet de la résiliation. À défaut, les sommes dues produisent de plein droit des intérêts de retard au taux légal.

Ce qu’il faut vérifier avant de partir

La démarche est gratuite, mais le changement, lui, n’est pas neutre. Comparez les garanties poste par poste, pas seulement la cotisation mensuelle : plafonds annuels, prise en charge en optique, dentaire et audiologie, hospitalisation, dépassements d’honoraires, exclusions. Un tarif plus bas correspond souvent à des plafonds plus bas.

Deuxième vérification, essentielle : les délais de carence du nouveau contrat, c’est-à-dire la période pendant laquelle certaines garanties ne sont pas encore actives. Selon l’UFC-Que Choisir, les équipements optiques, les prothèses dentaires et l’orthodontie sont fréquemment assortis d’une attente de trois à douze mois, alors que les consultations, la pharmacie et les soins dentaires courants sont généralement couverts dès l’adhésion. Si vous avez des lunettes ou une couronne prévues dans les mois qui viennent, faites-vous confirmer par écrit la date de prise en charge. Pensez enfin à solder les remboursements en cours : envoyez feuilles de soins et devis en attente avant la date d’effet, et gardez copie des dossiers non réglés.

Résilier vous-même : les moyens acceptés

Vous pouvez aussi agir seul, par exemple si vous cessez d’être couvert. La loi ouvre plusieurs canaux : lettre ou tout autre support durable, déclaration au siège social ou chez le représentant de l’organisme contre récépissé, acte extrajudiciaire, ou moyen de communication à distance lorsque l’organisme en propose un. Le destinataire doit confirmer la réception par écrit. La lettre recommandée n’est donc plus obligatoire, même si elle reste le moyen le plus simple de prouver la date d’envoi.

Il existe en outre une voie numérique. Selon le site officiel Service-Public, la résiliation dite « en 3 clics » s’applique depuis le 1er septembre 2023 aux contrats d’assurance pouvant être conclus par voie électronique et couvrant des particuliers hors activité professionnelle, y compris ceux des mutuelles et des institutions de prévoyance. L’organisme doit proposer dans votre espace client une fonctionnalité gratuite, permanente, directe et facile d’accès, sous la mention « résilier votre contrat » ou une formule équivalente. Elle vous demande votre identité, un moyen de contact, la référence du contrat et le motif, puis vous confirmez. L’organisme doit ensuite vous accuser réception et indiquer la date de fin du contrat.

Les cas particuliers à connaître

Le contrat collectif d’entreprise à adhésion obligatoire échappe au dispositif : c’est l’employeur qui l’a souscrit, et lui seul peut le résilier. La question se pose plutôt dans l’autre sens : si vous rejoignez une entreprise dont la mutuelle est obligatoire, vous devez mettre fin à votre contrat individuel. D’après l’UFC-Que Choisir, cette résiliation doit intervenir dans les trois mois suivant la date à laquelle vous pouvez bénéficier de la complémentaire d’entreprise, justificatif à l’appui. Service-Public rappelle par ailleurs que des dispenses d’adhésion au contrat collectif existent dans des situations limitées, notamment lorsque vous disposez déjà d’une couverture individuelle, la dispense s’appliquant alors jusqu’à l’échéance de ce contrat.

Le contrat responsable, lui, ne vous prive d’aucun droit de résiliation : c’est un contrat conforme à un cahier des charges public, qui couvre notamment le ticket modérateur, le forfait hospitalier et certains équipements optiques, dentaires et auditifs, indique Service-Public. Vérifiez simplement que le contrat visé est lui aussi responsable, sous peine de perdre l’accès à l’offre 100 % Santé. Enfin, si vous obtenez la Complémentaire santé solidaire, le site officiel du dispositif précise que vous pouvez demander la résiliation totale de votre complémentaire individuelle à tout moment, sans attendre le délai d’un an, les cotisations déjà versées étant remboursées au prorata. Si votre organisme gère lui-même la Complémentaire santé solidaire, votre contrat est transformé en garantie correspondante, sans démarche de votre part.

Vos questions, nos réponses

Puis-je changer de mutuelle si mon contrat a moins d’un an ?

Pas au titre de la résiliation infra-annuelle, qui suppose un an révolu depuis la première souscription. Vous pouvez en revanche résilier hors échéance en cas d’événement prévu par la loi : changement de profession, déménagement, départ en retraite ou changement de situation matrimoniale, à condition d’agir dans les trois mois. L’adhésion à une mutuelle d’entreprise obligatoire ouvre également une porte de sortie.

Combien coûte le changement de mutuelle ?

Rien. Le code de la mutualité prévoit une résiliation « sans frais ni pénalités » après un an. Vous n’avez pas non plus à payer de lettre recommandée si vous laissez le nouvel organisme effectuer les formalités, ce que la loi lui impose. L’organisme quitté doit en outre vous rembourser le trop-perçu dans les trente jours suivant la date d’effet.

Vais-je me retrouver sans couverture entre les deux contrats ?

Le décret du 24 novembre 2020 prévoit que le nouveau contrat ne peut pas prendre effet avant la résiliation de l’ancien, et que le nouvel organisme doit s’assurer de la continuité de la couverture. Le risque de trou est donc en principe écarté. Par prudence, demandez par écrit la date exacte de prise d’effet et conservez votre ancienne attestation jusqu’à réception de la nouvelle.

Julien Juchereau

Écrit par

Julien Juchereau

Rédacteur web d'actualité, Julien Juchereau suit l'actualité de la consommation et décrypte les sujets qui pèsent sur le budget des ménages : énergie, banque, télécoms, logement, santé et droits des consommateurs. Il s'appuie sur les textes de loi et les sources officielles, et vérifie les démarches avant de les expliquer.

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