Assurances
Résilier son assurance habitation à tout moment après un an
· Julien Juchereau
Passé un an, votre assurance habitation peut être résiliée quand vous le voulez, sans frais et sans avoir à vous justifier. Encore faut-il respecter l’ordre des opérations, sous peine de vous retrouver sans couverture. Voici la marche à suivre, les délais réels et un modèle de lettre.
L’essentiel
- Après un an révolu depuis la première souscription, la résiliation est possible à tout moment, sans frais ni pénalités (article L113-15-2 du code des assurances).
- Elle prend effet un mois après réception de votre demande par l’assureur.
- Pour un logement loué, l’assurance est obligatoire : c’est le nouvel assureur qui envoie la résiliation et qui doit éviter tout trou de couverture.
- Le remboursement de la cotisation non consommée est dû dans les trente jours ; à défaut, des intérêts au taux légal courent de plein droit.
- Depuis le 1er juin 2023, un contrat souscrit en ligne doit pouvoir être résilié en ligne, gratuitement.
La résiliation infra-annuelle, issue de la loi du 17 mars 2014 relative à la consommation dite « loi Hamon », est le droit de mettre fin à un contrat d’assurance tacitement reconductible à n’importe quel moment, dès lors qu’il a plus d’un an, sans frais ni motif à donner. Elle est codifiée à l’article L113-15-2 du code des assurances et a été rendue applicable à l’assurance habitation par le décret du 29 décembre 2014. Auparavant, il fallait guetter l’échéance annuelle et respecter un préavis de deux mois : rater la fenêtre signifiait repartir pour un an.
Ce que dit la loi : un an d’ancienneté, un mois de préavis
L’article L113-15-2 du code des assurances est court et clair. Pour les contrats souscrits par un particulier en dehors de son activité professionnelle, l’assuré peut, « après l’expiration d’un délai d’un an à compter de la première souscription », résilier sans frais ni pénalités les contrats tacitement reconductibles. Deux points méritent votre attention. Le point de départ est la première souscription, pas la dernière reconduction. Et aucun motif n’est exigé : ni explication, ni justificatif.
Le texte fixe aussi la date d’effet : la résiliation prend effet un mois après que l’assureur en a reçu notification. Ce n’est donc pas immédiat, mais ce n’est pas non plus renvoyé à la prochaine date anniversaire. Si votre demande arrive le 10 mars, le contrat s’arrête le 10 avril. Ce mois n’est pas une formalité : c’est la période pendant laquelle vous êtes encore couvert, et c’est ce qui permet d’organiser le passage à un autre assureur sans interruption. La loi impose par ailleurs que ce droit soit mentionné dans chaque contrat et rappelé avec chaque avis d’échéance.
Qui accomplit la démarche quand vous changez d’assureur
C’est le point qui simplifie tout, et il est trop peu connu. Lorsque l’assurance concernée est obligatoire (c’est le cas de l’assurance des risques locatifs d’un locataire), le décret du 29 décembre 2014 met la démarche à la charge du nouvel assureur. Celui-ci notifie la résiliation à votre ancien assureur et doit veiller à la continuité de la couverture : le nouveau contrat ne prend effet qu’au moment où l’ancien s’arrête. Concrètement, vous signez chez le nouvel assureur, vous lui donnez le nom de l’ancien et votre numéro de contrat, et vous n’écrivez rien vous-même.
La nuance à retenir : ce mécanisme automatique est prévu pour les assurances obligatoires. Pour une multirisque habitation qui ne l’est pas, typiquement celle d’un propriétaire qui occupe sa maison individuelle, la banque LCL rappelle sur son site que c’est à l’assuré de notifier lui-même la résiliation à son ancien assureur. Posez la question au moment de souscrire et faites-vous confirmer par écrit qui envoie quoi.
Locataire : ne résiliez jamais avant d’avoir souscrit ailleurs
Si vous êtes locataire, l’assurance habitation n’est pas une option. Selon le site officiel Service-Public, vous devez être assuré au minimum contre les risques locatifs : les dommages causés au logement par l’incendie, les dégâts des eaux et l’explosion. L’attestation est remise au bailleur lors de la remise des clés, puis chaque année s’il la demande. C’est une obligation posée par la loi du 6 juillet 1989.
Les conséquences d’un défaut d’assurance sont concrètes. Le bailleur peut engager la résiliation du bail, ou souscrire lui-même une assurance pour le compte du locataire après une mise en demeure restée sans effet pendant un mois : la prime vous est alors refacturée, majorée d’au maximum 10 %, par douzièmes avec chaque loyer. S’ajoute le risque d’assumer seul un sinistre. La règle est donc sans exception : on souscrit d’abord, on résilie ensuite.
L’ordre des opérations, étape par étape
La bonne séquence tient en cinq temps. Elle vaut pour un locataire comme pour un propriétaire, et vise à ce qu’il n’existe à aucun moment une journée sans garantie.
- Vérifiez la date de première souscription figurant sur votre contrat ou votre avis d’échéance : elle doit remonter à plus de douze mois.
- Comparez les offres en relevant surface, nombre de pièces, valeur des biens et franchises, pour comparer des couvertures équivalentes et pas seulement des prix.
- Souscrivez le nouveau contrat en indiquant que vous êtes déjà assuré ailleurs, et demandez une prise d’effet calée sur la fin de l’ancien contrat, soit environ un mois plus tard.
- Laissez le nouvel assureur envoyer la résiliation s’il s’agit d’une assurance obligatoire, ou envoyez-la vous-même dans le cas contraire.
- Conservez l’accusé de réception et la nouvelle attestation, à transmettre au bailleur si vous êtes locataire.
Le remboursement de ce que vous avez déjà payé
Vous avez sans doute réglé votre cotisation pour l’année entière, ou par mensualités d’avance. La loi tranche : vous n’êtes redevable que de la partie de la cotisation correspondant à la période pendant laquelle le risque a été couvert, calculée jusqu’à la date d’effet de la résiliation. Le trop-perçu vous revient.
Le délai est lui aussi fixé par le texte : l’assureur doit rembourser le solde dans les trente jours suivant la date de résiliation. Ce n’est pas un geste commercial : l’article précise qu’à défaut, les sommes dues produisent « de plein droit intérêts au taux légal ». Notez la date d’effet dans un agenda et relancez par écrit si rien n’est arrivé au bout d’un mois.
Résilier en ligne, ou par lettre : les deux fonctionnent
Depuis le 1er juin 2023, la résiliation dite « en trois clics » s’applique aux contrats d’assurance des particuliers. Elle découle de l’article 17 de la loi du 16 août 2022 sur le pouvoir d’achat et du décret du 16 mars 2023, qui ont complété l’article L113-14 du code des assurances. Lorsqu’un contrat peut être conclu par voie électronique, l’assureur doit proposer une fonctionnalité gratuite, directement accessible depuis l’espace client, sous la mention « résilier votre contrat » ou une formule équivalente. Selon Service-Public, le non-respect de cette obligation expose l’entreprise à une amende administrative pouvant atteindre 75 000 euros pour une personne morale.
La lettre reste valable et laisse une trace utile. L’article L113-14 admet la lettre ou tout autre support durable, la déclaration au siège social ou chez le représentant de l’assureur, l’acte extrajudiciaire, ou le mode de communication à distance proposé par l’assureur. Voici un modèle court :
Objet : résiliation de mon contrat d’assurance habitation n° [numéro]
Madame, Monsieur,
Je vous informe de ma décision de résilier le contrat référencé ci-dessus, souscrit le [date de première souscription], pour le logement situé [adresse].
Cette résiliation intervient en application de l’article L113-15-2 du code des assurances, mon contrat ayant plus d’un an. Elle prendra effet un mois après réception de la présente.
Je vous remercie de m’adresser une confirmation écrite ainsi que le remboursement de la cotisation non consommée, dans le délai de trente jours prévu par ce même article.
Veuillez agréer, Madame, Monsieur, mes salutations distinguées.
[Nom, adresse, date, signature]
Ne pas confondre avec les autres cas de résiliation
La résiliation à tout moment n’a pas remplacé les autres portes de sortie. À l’échéance annuelle, l’article L113-12 permet de résilier moyennant un préavis de deux mois. La loi Chatel, à l’article L113-15-1, oblige l’assureur à rappeler la date limite de résiliation avec l’avis d’échéance : si cet avis est envoyé moins de quinze jours avant cette date ou après, vous disposez de vingt jours à compter de son envoi pour dénoncer le contrat ; s’il n’est pas envoyé, vous pouvez résilier à tout moment sans pénalité.
En cas de changement de situation (déménagement, situation ou régime matrimonial, profession, retraite ou cessation d’activité), l’article L113-16 ouvre un droit de résiliation, à condition que le contrat couvre des risques en relation directe avec la situation antérieure. La demande doit intervenir dans les trois mois suivant l’événement et prend effet un mois après notification. En cas de vente du logement, la logique diffère : Service-Public indique que le contrat est automatiquement transféré à l’acquéreur, à charge pour lui de le conserver ou de le résilier. Quant à une hausse de tarif, elle n’ouvre pas par elle-même un droit de résiliation général : c’est le contrat qui peut le prévoir. Passé un an d’ancienneté, la question est de toute façon sans objet.
Vos questions, nos réponses
Puis-je résilier mon assurance habitation avant un an ?
Pas au titre de la résiliation à tout moment, qui suppose un an révolu depuis la première souscription. Restent les motifs prévus par la loi ou le contrat : changement de domicile, de situation matrimoniale ou de profession, retraite, vente du logement. Ces cas obéissent à des délais précis, souvent trois mois à compter de l’événement.
Combien de temps faut-il pour que la résiliation soit effective ?
Un mois après que l’assureur a reçu votre notification, selon l’article L113-15-2 du code des assurances. Prévoyez donc que le nouveau contrat démarre à cette date-là. Si le nouvel assureur se charge de la démarche pour une assurance obligatoire, il doit faire coïncider les deux dates.
Vais-je payer des frais de résiliation ?
Non. Le texte prévoit une résiliation « sans frais ni pénalités ». Vous ne devez que la période réellement couverte, et l’assureur doit rembourser le solde dans les trente jours, sous peine d’intérêts au taux légal.