Gros électroménager
Indice de durabilité : la note qui remplace la réparabilité
· Julien Juchereau
Depuis 2025, une nouvelle note sur 10 s’affiche à côté du prix des téléviseurs et des lave-linge en France. L’indice de durabilité remplace l’ancien indice de réparabilité et vise plus large : il mesure aussi la fiabilité et la robustesse de l’appareil. Voici ce qu’il note vraiment, ce qu’il vaut, et ce qu’il ne vous dit pas.
L’essentiel
- L’indice de durabilité remplace l’indice de réparabilité pour les téléviseurs depuis le 8 janvier 2025, et pour les lave-linge depuis le 8 avril 2025.
- Il donne une note sur 10 qui combine la réparabilité, la fiabilité (résistance, entretien) et, pour les appareils connectés, le suivi des mises à jour.
- La note est affichée en magasin sur le rayon et en ligne sur chaque page d’achat, au moins aussi visible que le prix.
- Point faible à connaître : la note est calculée et déclarée par le fabricant lui-même, ce n’est pas un test indépendant.
L’indice de durabilité est un affichage réglementaire obligatoire qui note de 0 à 10 la capacité d’un appareil à durer dans le temps. Il ne se limite pas à la question « peut-on le réparer ? ». Il ajoute la fiabilité, c’est-à-dire la résistance de l’appareil à l’usure et aux pannes. Créé par la loi anti-gaspillage pour une économie circulaire de 2020, il remplace progressivement l’indice de réparabilité que vous connaissiez depuis 2021. L’idée est simple : vous donner, au moment de l’achat, un repère unique sur la longévité probable du produit.
Ce que l’indice remplace, et pourquoi
Depuis 2021, un indice de réparabilité notait déjà certains appareils de 0 à 10. Il répondait à une seule question : en cas de panne, l’appareil est-il facile et abordable à réparer ? Il regardait la documentation technique, la facilité de démontage, la disponibilité et le prix des pièces détachées. Utile, mais partiel : un appareil très réparable peut aussi tomber en panne souvent.
L’indice de durabilité corrige ce manque. Il conserve les critères de réparabilité, mais y ajoute la fiabilité : la robustesse de l’appareil, sa résistance à l’usure, la facilité d’entretien. L’objectif affiché par les pouvoirs publics est double : mieux vous informer, et pousser les fabricants à concevoir des produits qui tiennent plus longtemps. Pour les catégories concernées, le nouvel indice se substitue à l’ancien : vous ne verrez plus les deux en même temps.
La base légale et le calendrier
L’indice découle de la loi n° 2020-105 du 10 février 2020, dite loi anti-gaspillage pour une économie circulaire (loi AGEC), en son article 16. Ses règles de calcul et d’affichage ont été fixées par le décret n° 2024-316 et par des arrêtés d’application du 5 avril 2024. Ces textes sont publiés au Journal officiel : le dispositif n’est donc pas un projet, il est bien en vigueur.
Le déploiement se fait catégorie par catégorie. Les téléviseurs sont concernés depuis le 8 janvier 2025. Les lave-linge, à hublot comme à chargement par le dessus, ont suivi le 8 avril 2025. D’autres familles de produits doivent être ajoutées ensuite. À noter : un indice de durabilité était envisagé pour les smartphones, mais le projet a été écarté après un avis défavorable de la Commission européenne, qui y voyait un doublon avec la réglementation européenne sur ces appareils.
Comment se compose la note sur 10
La note résulte de plusieurs familles de critères. La première est la réparabilité : accès à la documentation technique, facilité de démontage, disponibilité et prix des pièces détachées. La deuxième est la fiabilité : résistance à l’usure, facilité d’entretien et de maintenance, existence d’une garantie commerciale au-delà de la garantie légale, et qualité des procédés de fabrication.
Pour les appareils connectés, comme les téléviseurs, s’ajoute une dimension d’amélioration : la fourniture et la durée des mises à jour logicielles, qui permettent à l’appareil de rester utilisable dans le temps. Le résultat prend la forme d’un pictogramme coloré, du rouge au vert, avec la note affichée dessus. Plus la note est haute, plus l’appareil est réputé durable. Le détail du calcul, critère par critère, doit rester accessible si vous voulez comprendre pourquoi un modèle obtient telle note.
Où l’indice doit être affiché
La règle est claire : l’indice doit être visible au moment où vous décidez d’acheter. En magasin, il apparaît sur le rayon, à proximité immédiate du produit et de son prix. En ligne, il figure sur chaque page permettant l’achat, dans une taille de caractères au moins égale à celle du prix. Autrement dit, un vendeur ne peut pas le reléguer en petit en bas de page.
Le détail des sous-notes doit lui aussi être accessible. Sur un site marchand, il s’obtient en cliquant sur le pictogramme ou sur un bouton dédié. En magasin, le vendeur doit pouvoir vous le communiquer sur demande. Si vous ne voyez l’indice nulle part sur un téléviseur ou un lave-linge neuf, c’est une anomalie : l’affichage est une obligation, contrôlée par la répression des fraudes.
La limite à connaître : une note auto-déclarée
C’est le point le plus important à garder en tête. La note n’est pas issue d’un test indépendant réalisé par un laboratoire public. Elle est calculée et déclarée par le fabricant lui-même, à partir d’une grille officielle. Le fabricant doit conserver les justificatifs et peut être contrôlé a posteriori par la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF).
Ce mode de calcul a une conséquence pratique : deux marques peuvent interpréter la grille avec plus ou moins de sévérité. L’indice reste donc un repère utile et comparable dans les grandes lignes, mais il ne remplace pas un essai en conditions réelles. Pour limiter le risque, les données déclarées sont rassemblées dans un répertoire national public, consultable sur data.gouv.fr, ce qui permet aux associations et aux journalistes de vérifier la cohérence des notes.
Ce que l’indice ne dit pas, et comment vous en servir
L’indice de durabilité ne mesure pas tout. Il ne renseigne pas sur la consommation d’énergie de l’appareil : cette information relève de l’étiquette énergie, un affichage distinct. Il ne juge pas non plus la qualité d’usage, c’est-à-dire la qualité de l’image d’un téléviseur ou l’efficacité de lavage d’une machine. Un appareil peut être très durable et médiocre à l’usage, ou l’inverse.
Concrètement, utilisez l’indice comme un critère parmi d’autres, pas comme un verdict. À prix et à performances comparables, une meilleure note oriente vers un appareil censé durer plus longtemps et se réparer plus facilement. Mais croisez-le toujours avec l’étiquette énergie, avec des tests indépendants d’associations de consommateurs, et avec vos propres besoins. Un guide d’achat dédié aux marques de lave-linge les plus fiables complète utilement cette lecture.
L’articulation avec l’étiquette énergie et la garantie légale
Trois repères se complètent au moment de l’achat. L’indice de durabilité vous parle de longévité et de réparabilité. L’étiquette énergie, de A à G, vous parle de consommation et donc de coût d’usage. La garantie légale de conformité, elle, vous protège après l’achat : elle vous permet, pendant deux ans, de faire réparer ou remplacer sans frais un appareil non conforme, indépendamment de sa note.
Ces dispositifs ne se remplacent pas, ils s’additionnent. Un bon achat regarde les trois : un appareil bien noté sur la durabilité, économe à l’usage, et couvert par la garantie légale. L’indice de durabilité est un progrès parce qu’il rend visible une donnée jusqu’ici opaque. À vous de le lire pour ce qu’il est : une aide au choix, déclarée par le fabricant, à compléter avant de décider.
Vos questions, nos réponses
L’indice de durabilité est-il obligatoire aujourd’hui ?
Oui. Il est en vigueur depuis le 8 janvier 2025 pour les téléviseurs et depuis le 8 avril 2025 pour les lave-linge. Pour ces produits neufs, le vendeur doit l’afficher en magasin comme en ligne, au moins aussi visiblement que le prix. Son absence est une infraction, contrôlée par la DGCCRF.
Quelle différence avec l’ancien indice de réparabilité ?
L’indice de réparabilité mesurait seulement la facilité et le coût de réparation. L’indice de durabilité conserve ces critères mais ajoute la fiabilité : la résistance à l’usure, l’entretien et, pour les appareils connectés, le suivi des mises à jour. Pour les catégories concernées, il remplace l’ancien indice, qui disparaît.
Peut-on se fier à la note à 100 % ?
Avec prudence. La note est calculée et déclarée par le fabricant à partir d’une grille officielle, pas par un laboratoire indépendant. C’est un repère comparable et utile, mais pas un test. Croisez-le avec l’étiquette énergie, avec des essais d’associations de consommateurs, et gardez à l’esprit qu’il ne juge ni la consommation d’énergie ni la qualité d’usage.