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Arnaques & alertes

Fin des jeux PlayStation sur disque en 2028 : ce que vous perdez vraiment

· Julien Juchereau

Des boîtiers de jeux PlayStation alignés sur une étagère de salon

L’annonce est tombée le 1er juillet 2026 sur le blog officiel de PlayStation. À partir de janvier 2028, Sony cessera de presser des disques pour les nouveaux jeux de ses consoles : les titres sortiront uniquement en version numérique, sur le PlayStation Store ou en magasin sous forme de code à télécharger. Un mois de contestation et une pétition qui approche les 200 000 signatures n’y ont rien changé, le calendrier est maintenu. Le parti paneuropéen Volt en a fait un dossier militant cet été, en rappelant qu’un jeu acheté est un produit, pas une simple licence révocable. Reste la question qui concerne votre portefeuille : que perd-on, concrètement, quand le disque disparaît ?

L’essentiel

  • Sony a confirmé le 1er juillet 2026 la fin de la production de disques pour les nouveaux jeux PlayStation à partir de janvier 2028.
  • Les jeux sortis avant cette date restent vendus en boîte, avec des retirages possibles pendant des années.
  • Un jeu dématérialisé ne se revend pas : la Cour de cassation l’a définitivement jugé le 23 octobre 2024.
  • Vos achats numériques restent couverts 2 ans par la garantie légale de conformité (article L224-25-12 du Code de la consommation).
  • Malgré 1 294 188 signatures vérifiées de l’initiative Stop Destroying Videogames, Bruxelles a refusé le 16 juin 2026 d’imposer le maintien des jeux jouables.

Ce que Sony a annoncé, et ce que l’annonce ne dit pas

Le communiqué officiel est court et sans détour : la production de disques s’arrête en janvier 2028 pour les nouveaux jeux, parce que les préférences des joueurs, selon Sony, basculent durablement vers le numérique. Les nouveautés resteront vendues chez les revendeurs, mais au format numérique uniquement.

Deux précisions comptent. D’abord, la bascule ne concerne que les titres qui sortiront après cette date : tout ce qui est paru avant continuera d’exister en disque, et Sony a indiqué à ses éditeurs qu’ils pourront commander des retirages de jeux déjà sortis pendant des années. Ensuite, rien ne garantit que les futures boîtes vendues en rayon contiendront autre chose qu’un code de téléchargement, un format que certains éditeurs pratiquent déjà.

Le paradoxe, c’est que la France est l’un des marchés les plus attachés au disque. Selon le bilan 2025 du SELL, le syndicat des éditeurs, les jeux console en boîte ont encore généré 397 millions d’euros l’an dernier, soit 42 % du chiffre d’affaires des jeux complets sur console. Le recul est réel, 12 % sur un an, mais la résistance française reste nettement supérieure à celle des voisins européens, portée par un réseau de magasins dense.

Un jeu dématérialisé est une licence, pas un bien qui vous appartient

Quand vous achetez un disque, vous possédez un objet. Il se prête, s’offre, se revend, se transmet. Le même jeu acheté en boutique en ligne n’est qu’un droit d’utilisation attaché à votre compte, encadré par les conditions générales de la plateforme, suspendu avec le compte, et perdu si l’éditeur cesse d’exploiter le titre.

Ce n’est pas une hypothèse d’école. Ubisoft a retiré The Crew de la vente fin 2023, puis coupé ses serveurs le 31 mars 2024 : ce jeu de course conçu pour fonctionner en ligne est devenu injouable, y compris pour ceux qui l’avaient payé plein tarif. C’est précisément ce précédent qui a déclenché le mouvement Stop Killing Games et son initiative citoyenne européenne.

La revente d’occasion est morte, la Cour de cassation l’a acté

L’UFC-Que Choisir a bataillé près de dix ans contre Valve, la maison mère de la plateforme Steam, pour faire reconnaître le droit de revendre un jeu acheté en téléchargement. Victoire en première instance en 2019, défaite en appel en 2022, puis point final le 23 octobre 2024 : la Cour de cassation (pourvoi n° 23-13.738) juge que pour les jeux vidéo, œuvres complexes et non simples logiciels, « la règle de l’épuisement du droit ne s’applique pas ». Traduction : l’éditeur peut interdire la revente d’un jeu dématérialisé, et ce raisonnement vaut pour toutes les plateformes, PlayStation Store compris.

Le marché de l’occasion, celui qui soutient le pouvoir d’achat sur les smartphones reconditionnés comme sur l’automobile, n’existera donc pas pour les jeux tout-numériques.

Le cas type : 400 euros de jeux par an, et ce qu’il en restera

Prenons un foyer qui achète cinq jeux neufs par an, au tarif de lancement courant de 79,99 € sur le PlayStation Store, soit près de 400 € de dépense annuelle.

Dans le monde du disque, cette somme travaille encore après l’achat : deux jeux terminés puis revendus récupèrent une partie de la mise, un titre prêté dans la famille évite un achat en double, et la ludothèque garde une valeur, certains jeux se négociant plus cher des années après leur sortie.

En tout-dématérialisé, la dépense est identique mais la valeur résiduelle tombe à zéro : rien ne se revend, rien ne se prête hors du foyer, rien ne se transmet. Et le prix de la boutique officielle devient la référence unique, sans la concurrence des enseignes sur la boîte. Verdict : à budget égal, le joueur tout-numérique paie le même prix pour moins de droits.

Vos achats numériques restent couverts deux ans par la garantie légale

Tout n’est pas perdu. Depuis le 1er janvier 2022, les contenus numériques bénéficient d’une garantie légale de conformité calquée sur celle des biens. L’article L224-25-12 du Code de la consommation est clair : pour un achat ponctuel, le vendeur répond des défauts qui existaient au moment de la fourniture et qui apparaissent dans un délai de deux ans. Pour une fourniture continue, un abonnement par exemple, la garantie court pendant toute la durée du contrat. Le professionnel doit aussi fournir les mises à jour nécessaires au maintien de la conformité.

Concrètement, un jeu vendu inutilisable, truffé de bugs bloquants ou amputé de fonctions promises peut donner lieu à une mise en conformité, à une réduction du prix, voire à la résolution de l’achat, sur le même modèle que la garantie légale de conformité applicable aux biens. En cas de refus du vendeur, signalez le litige sur SignalConso, la plateforme de la DGCCRF, puis saisissez le médiateur de la consommation dont relève la plateforme.

Bruxelles n’interdira rien, la réponse est déjà écrite

L’initiative citoyenne européenne Stop Destroying Videogames a réuni 1 294 188 signatures vérifiées, déposées à la Commission le 26 janvier 2026. La réponse officielle est tombée le 16 juin 2026 : pas d’obligation légale de maintenir les jeux jouables après leur fin d’exploitation commerciale, au nom notamment de la propriété intellectuelle. La Commission s’engage seulement à lancer, d’ici fin 2026, un dialogue avec l’industrie et les associations de consommateurs pour un code de conduite sur la fin de vie des jeux.

Interrogé après l’annonce de Sony, le commissaire européen chargé de la protection des consommateurs, Michael McGrath, a confirmé la ligne : les entreprises restent libres de commercialiser leurs jeux comme elles l’entendent, tant que le droit de la consommation est respecté. Volt milite pour inscrire la préservation des jeux vidéo dans le futur Digital Fairness Act et appelle les joueurs à signaler les pratiques abusives aux autorités nationales de consommation. En France, c’est la DGCCRF.

Ce que vous pouvez faire d’ici janvier 2028

La fenêtre reste ouverte dix-sept mois environ, et quatre réflexes protègent votre budget.

  • Achetez en boîte les jeux auxquels vous tenez, tant que la version disque existe, en vérifiant que l’emballage contient bien un disque et pas un simple code.
  • Au moment de choisir une console, privilégiez une version équipée d’un lecteur : c’est la condition pour profiter de l’occasion et relire vos disques après 2028.
  • Si vous revendez vos boîtes entre particuliers, sécurisez l’envoi et le paiement, les arnaques au colis vide visent aussi les jeux vidéo.
  • Pour un jeu numérique défectueux ou amputé, invoquez la garantie légale par écrit auprès du vendeur, puis passez par SignalConso et le médiateur.

Dernier repère : après janvier 2028, chaque nouveauté PlayStation ne sera plus qu’une licence liée à un compte. D’ici là, chaque jeu acheté en boîte reste un bien que vous pourrez prêter, offrir ou revendre dans dix ans. La ludothèque qui gardera de la valeur se construit maintenant.

Questions fréquentes

Mes disques actuels seront-ils encore lisibles après janvier 2028 ?

Oui. La transition ne touche pas les jeux sortis avant janvier 2028 : ils resteront jouables sur les consoles équipées d’un lecteur, et des retirages de titres existants resteront possibles.

Un jeu acheté sur le PlayStation Store peut-il disparaître de ma bibliothèque ?

Le droit d’utilisation est lié à votre compte et à l’exploitation du titre. Un jeu dépendant de serveurs peut devenir injouable s’ils ferment, comme The Crew en 2024. Pour un jeu solo déjà téléchargé, l’accès subsiste en pratique, sans garantie contractuelle de perpétuité.

Puis-je revendre les jeux de mon compte PlayStation ?

Non. La Cour de cassation a jugé le 23 octobre 2024 que l’épuisement du droit de distribution ne s’applique pas aux jeux dématérialisés. Vos jeux en boîte, eux, se revendent librement.

Julien Juchereau

Écrit par

Julien Juchereau

Rédacteur web d'actualité, Julien Juchereau suit l'actualité de la consommation et décrypte les sujets qui pèsent sur le budget des ménages : énergie, banque, télécoms, logement, santé et droits des consommateurs. Il s'appuie sur les textes de loi et les sources officielles, et vérifie les démarches avant de les expliquer.

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