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Arnaques & alertes

Colis « livré » mais jamais reçu : la procédure qui aboutit et le délai d’un an

· Julien Juchereau

Consommateur vérifiant le suivi de livraison d'un colis absent de sa boîte aux lettres

Le suivi affiche « livré », parfois photo à l’appui. La boîte aux lettres, elle, est vide. Le scénario est si courant que Colis Privé lui consacre une page entière de son centre d’aide, et les fils de témoignages s’empilent sur les forums de consommateurs, dernier en date début août 2026. Vous n’êtes pourtant pas démuni : le code de la consommation désigne un responsable unique, impose un remboursement sous 14 jours et le majore automatiquement jusqu’à 50 % s’il traîne. À condition de frapper à la bonne porte, et de surveiller trois délais.

L’essentiel

  • En vente à distance, le vendeur est responsable de plein droit de la livraison, même confiée à Colis Privé, Chronopost ou Mondial Relay (article L221-15 du code de la consommation).
  • Un statut « livré » sur le suivi ne prouve pas la remise : la livraison n’est acquise que lorsque vous prenez physiquement possession du colis (article L216-2).
  • Après mise en demeure restée vaine, vous pouvez résoudre la vente : remboursement intégral sous 14 jours, majoré de 10 %, 20 % puis 50 % en cas de retard (articles L216-7 et L241-4).
  • Toute action contre le transporteur se prescrit en 1 an ; pour un colis abîmé, les réserves se confirment sous 3 jours (articles L133-6 et L133-3 du code de commerce).
  • Le médiateur de la consommation, gratuit, doit être saisi moins d’un an après votre première réclamation écrite (article L612-2).

Le statut « livré » ne prouve rien : c’est au vendeur de démontrer la remise

Premier réflexe à corriger : ce n’est pas à vous de prouver que vous n’avez rien reçu, une preuve négative impossible à rapporter. En droit, celui qui se prétend libéré d’une obligation doit démontrer qu’il l’a exécutée (article 1353 du code civil). Et l’obligation de livraison ne s’éteint que lorsque vous, ou un tiers que vous avez désigné, prenez physiquement possession du bien : c’est la lettre de l’article L216-2 du code de la consommation, qui fixe à cet instant précis le transfert des risques.

Un scan GPS, un statut de suivi, une photo de porte d’immeuble : autant de pièces produites par le transporteur lui-même, qui attestent au mieux un passage, pas une remise entre vos mains. Sans signature ni preuve de réception effective, le colis reste juridiquement non livré, et le vendeur reste débiteur.

Votre adversaire n’est pas le transporteur, c’est le vendeur

C’est le point que les services clients passent sous silence quand ils vous renvoient « vers le transporteur » : vous n’avez aucun contrat avec Colis Privé. Le contrat de transport a été conclu par le vendeur ; le vôtre est un contrat de vente à distance, et l’article L221-15 du code de la consommation rend le professionnel responsable de plein droit de sa bonne exécution, y compris quand la livraison est assurée par un prestataire.

La loi ne lui laisse que trois portes de sortie : votre propre faute, la force majeure, ou le fait d’un tiers étranger au contrat. Or le transporteur qu’il a choisi et payé n’est pas un tiers étranger, c’est son prestataire. Son recours contre Colis Privé existe, mais c’est son affaire, pas la vôtre. Signalez la disparition au transporteur pour documenter le dossier, Colis Privé annonce au 05/08/2026 une réponse sous 48 heures ouvrées à ses réclamations en ligne, mais rien ne vous oblige à attendre le verdict de son « enquête » pour agir contre le vendeur.

Deux courriers suffisent : mise en demeure, puis résolution

La procédure tient en quatre gestes, tous par écrit. Gardez chaque échange : en cas de médiation ou de procès, le dossier se gagne sur les traces.

Un, signalez la non-réception au vendeur dès le jour du faux « livré », par le formulaire du site doublé d’un email. Deux, s’il ne propose ni renvoi ni remboursement rapidement, mettez-le en demeure de livrer dans un délai supplémentaire raisonnable, huit à quinze jours par exemple : c’est le mécanisme de l’article L216-6, par lettre recommandée ou tout écrit sur support durable, email compris.

Trois, si rien n’arrive dans ce délai, déclarez le contrat résolu par un second écrit. La résolution est même immédiate si le vendeur refuse de livrer ou si la date était une condition essentielle du contrat, un cadeau daté par exemple. Quatre, exigez le remboursement de la totalité des sommes versées, frais de port compris, au plus tard 14 jours après la dénonciation du contrat (article L216-7). Refusez l’avoir ou le bon d’achat : la loi parle de remboursement, pas de crédit boutique.

89 € commandés, 106,80 € récupérés : la majoration joue toute seule

Situation type. Le 10 juillet, votre commande de 89 € passe au statut « livré, déposé en boîte aux lettres ». Rien dans la boîte, rien chez le gardien. Vous signalez le jour même, mettez le vendeur en demeure le 12 juillet de livrer sous huit jours, puis résolvez la vente le 22 juillet. Le remboursement devait tomber au plus tard le 5 août. Le vendeur paie le 28 août, soit 23 jours au-delà du terme.

L’article L241-4 du code de la consommation fait alors le travail à votre place : les sommes dues sont majorées de plein droit de 10 % si le remboursement intervient au plus tard 14 jours après la date limite, de 20 % jusqu’à 30 jours, de 50 % au-delà. À 23 jours de retard, le vendeur vous doit 89 € plus 20 %, soit 106,80 €. Et s’il avait payé passé le 30e jour, 133,50 €. Verdict : citez l’article dans votre courrier et chiffrez la majoration vous-même, elle est automatique et ne se négocie pas.

Trois délais courent contre vous, dont un an face au transporteur

Délai Ce qu’il couvre Texte
3 jours (hors jours fériés) Confirmer par lettre recommandée des réserves pour colis abîmé ou pillé Art. L133-3, code de commerce
14 jours Remboursement par le vendeur après résolution de la vente Art. L216-7, code de la consommation
1 an Toute action née du contrat de transport contre le transporteur Art. L133-6, code de commerce
1 an après la réclamation écrite Saisine du médiateur de la consommation Art. L612-2, code de la consommation
5 ans Action en justice contre le vendeur Art. 2224, code civil

Le délai d’un an de l’article L133-6 est le piège du dossier : pour une perte totale, il court du jour où la remise aurait dû se faire. Passé ce cap, plus aucune action contre le transporteur, dont l’indemnisation est de toute façon plafonnée par les contrats types, rarement à hauteur du contenu. Raison de plus pour concentrer vos courriers sur le vendeur, contre qui vous conservez la prescription de 5 ans.

Cas voisin : le colis arrive, mais éventré ou incomplet. Émettez des réserves précises à la réception et confirmez-les sous 3 jours en recommandé. Signé sans réserve ? Tout n’est pas perdu : l’article L216-5 précise que leur absence ne prive pas de la garantie légale de conformité, qui couvre le produit pendant deux ans.

Vendeur muet : trois recours gratuits avant le tribunal

Si vos deux courriers restent lettre morte, trois leviers gratuits, dans cet ordre. SignalConso (signal.conso.gouv.fr), la plateforme de la DGCCRF : le signalement est transmis au professionnel et aux enquêteurs, et beaucoup d’e-commerçants se réveillent à ce stade. Le médiateur de la consommation ensuite : ses coordonnées figurent obligatoirement dans les conditions générales du vendeur, la saisine est gratuite, à condition d’avoir déjà réclamé par écrit et d’agir moins d’un an après cette réclamation. Pour les sites adhérents de la FEVAD, le médiateur du e-commerce joue le même rôle.

Reste le juge. Pour un litige de moins de 5 000 €, l’article 750-1 du code de procédure civile impose d’abord une tentative amiable ; votre passage par le médiateur remplit cette case. Le dossier tient en quatre pièces : facture, capture du suivi, vos deux courriers. Face à un vendeur identifié en France ou dans l’Union européenne, il aboutit le plus souvent avant même l’audience.

Questions fréquentes

Le livreur a remis le colis à un voisin : est-ce une livraison ?

Non, sauf si vous aviez désigné ce voisin. L’article L216-2 ne transfère les risques qu’à la remise entre vos mains ou celles d’un tiers désigné par vous. Un voisin choisi par le livreur ne vous engage pas : le colis reste non livré, à la charge du vendeur.

La photo de ma boîte aux lettres prise par le livreur vaut-elle preuve ?

Elle documente un dépôt, pas une réception. La pièce émane du transporteur lui-même et ne démontre pas que le colis vous est parvenu, ni même qu’il s’agit de votre boîte. Contestez par écrit en rappelant que la charge de la preuve de la remise effective pèse sur le vendeur.

Et pour un achat entre particuliers, sur Vinted ou Leboncoin ?

La responsabilité de plein droit de l’article L221-15 vise les professionnels : entre particuliers, elle ne s’applique pas et tout repose sur la protection de la plateforme et l’assurance du transport. Les réflexes diffèrent, on les détaille dans notre guide de l’arnaque au colis vide sur Vinted.

Julien Juchereau

Écrit par

Julien Juchereau

Rédacteur web d'actualité, Julien Juchereau suit l'actualité de la consommation et décrypte les sujets qui pèsent sur le budget des ménages : énergie, banque, télécoms, logement, santé et droits des consommateurs. Il s'appuie sur les textes de loi et les sources officielles, et vérifie les démarches avant de les expliquer.

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