Arnaques & alertes
Faux PV et QR code sur le pare-brise : repérer l’arnaque
· Julien Juchereau
Un papier glissé sous l’essuie-glace, le logo de la République française en haut, un QR code à scanner « pour régler l’amende » : l’arnaque au faux procès-verbal de stationnement circule dans plusieurs villes françaises. Le code renvoie vers un site cloné qui capte vos coordonnées bancaires. Voici comment reconnaître le faux, par quels canaux on paie réellement une amende en France, et quoi faire si vous avez déjà payé.
L’essentiel
- De faux avis de contravention sont déposés sur les pare-brise avec un QR code renvoyant vers un site de paiement frauduleux.
- Selon l’ANTAI, les agents verbalisateurs ne déposent pas d’avis d’infraction anonyme comportant un QR code de paiement sur un pare-brise : un tel document est un faux.
- Les seuls sites officiels de paiement sont amendes.gouv.fr pour les amendes et stationnement.gouv.fr pour le forfait post-stationnement.
- Si vous avez payé : opposition immédiate auprès de votre banque, signalement de la fraude à la carte bancaire via Perceval, puis demande de remboursement.
Le procédé porte un nom : le quishing, contraction de « QR code » et de « phishing », c’est-à-dire l’hameçonnage par QR code. Le principe est celui du hameçonnage classique, mais le lien piégé est remplacé par une image : vous ne voyez l’adresse du site qu’après l’avoir scanné, parfois trop tard. Le dispositif public Cybermalveillance.gouv.fr cite d’ailleurs explicitement, parmi les cas rencontrés, les « faux avis de contravention reçus au domicile ou laissés sur les pare-brise de véhicules ».
Un faux avis, un QR code, un site cloné : le mécanisme
Le document déposé sur le pare-brise reprend les codes visuels de l’administration, à commencer par le logo « République française ». Dans la version diffusée en Seine-et-Marne et relayée par la ville de Melun sur son site officiel, le texte commence par la formule : « INFORMATION : Une infraction à la réglementation du stationnement a été relevée à votre encontre ». Suit une invitation à régler l’amende immédiatement en scannant le QR code imprimé sur le papier.
Le scan renvoie vers une page de paiement qui imite le portail officiel. Les escrocs ne visent pas seulement les quelques dizaines d’euros réclamés : l’objectif est de récupérer vos coordonnées bancaires. Dans les faits constatés à Paris fin novembre 2025, le document réclamait 35 euros et menaçait d’un passage à 135 euros en l’absence de paiement sous 48 heures. Cette pression au temps court est un marqueur classique de l’escroquerie.
Où des cas ont été signalés en France
Les premiers signalements documentés remontent à mai 2023 en Île-de-France, à la suite d’une alerte de la gendarmerie des Yvelines relayée par France Bleu. Le faux site utilisait alors un nom de domaine se terminant par « gouv-fr.fr », proche de l’adresse officielle. La ville de Melun a publié sa propre alerte, reprise ensuite par le portail Orange.
Le phénomène a essaimé. À Lyon, en mai 2025, des flyers imitant un avis lié à la zone à faibles émissions (ZFE) ont été glissés sous les essuie-glaces, réclamant 68 euros ; la Métropole de Lyon a démenti publiquement, rappelant que les contrôles sont réalisés par la police municipale et la police nationale. À Paris, des faits de ce type ont été relevés dans le 17e arrondissement le 28 novembre 2025, avec un faux site du type « idf-stationnement.com ». D’autres communes ont été citées dans la presse, sans confirmation officielle à ce stade.
Les signes qui doivent vous alerter
Plusieurs indices reviennent dans les cas décrits par les sources publiques. Ils ne sont pas infaillibles, mais leur accumulation doit vous faire reposer le papier.
- Le document est anonyme et invite à payer en scannant un QR code : c’est le signal le plus fort.
- Le format ne correspond pas : la ville de Melun signale un papier plus grand qu’un avis classique.
- L’adresse affichée après le scan n’est pas une adresse en .gouv.fr, mais une imitation (« gouv-fr.fr », « idf-stationnement.com »…).
- Des fautes d’orthographe ou de mise en page, relevées notamment sur les faux avis lyonnais.
- Une urgence artificielle : montant réduit si vous payez tout de suite, majoration annoncée sous 48 heures.
- Le document ne mentionne pas les éléments d’identification habituels d’un avis officiel, notamment une référence de télépaiement complète.
Un vrai avis d’amende peut aussi comporter un QR code
C’est le point sur lequel beaucoup de conseils circulant en ligne sont approximatifs. Non, le QR code n’est pas en soi la preuve d’une arnaque. L’Agence nationale de traitement automatisé des infractions (ANTAI) l’écrit noir sur blanc : les seuls QR codes valables sont ceux qui figurent sur les avis d’amende expédiés par l’ANTAI, ainsi que celui présenté par un agent lors d’une verbalisation avec interception. Ces codes officiels ne renvoient que vers amendes.gouv.fr ou stationnement.gouv.fr.
Ce qui distingue le vrai du faux, c’est donc le canal, pas la présence du code. Toujours selon l’ANTAI, les agents « ne déposent pas d’avis d’infraction anonymes comportant un QR-Code pointant vers un site de paiement sur le pare-brise » : un tel document est nécessairement un faux, qu’il convient de signaler. L’avis de contravention, lui, est expédié par le Centre national de traitement de Rennes, par courrier au domicile de la personne mise en cause ou, depuis 2018, par courriel. L’ANTAI précise par ailleurs qu’elle n’envoie jamais de SMS.
Comment on paie réellement une amende en France
Pour une contravention au code de la route, le site officiel de télépaiement est amendes.gouv.fr, doublé d’une application mobile « amendes.gouv ». Le paiement nécessite la référence de télépaiement, composée d’un numéro et d’une clé, qui figure sur la carte de paiement jointe à l’avis. D’après Service-Public, d’autres canaux existent : le téléphone au 0806 20 30 40, un buraliste agréé lorsque l’avis comporte un Datamatrix, un centre des finances publiques, ou l’envoi d’un chèque à l’ordre du Trésor public.
Les délais sont eux aussi encadrés : 45 jours pour payer le montant normal, portés à 60 jours en télépaiement, et 15 jours pour bénéficier du montant minoré, 30 jours en télépaiement. Aucun de ces canaux ne passe par un lien reçu par SMS, par courriel non sollicité ou par un QR code trouvé sur un véhicule. Si vous avez un doute sur l’existence d’une amende à votre nom, rendez-vous directement sur le site officiel en tapant vous-même l’adresse, sans passer par un lien.
Stationnement payant : le « papillon » existe encore, mais pas comme ça
Attention à une simplification répandue selon laquelle tout papier sur un pare-brise serait forcément un faux. Depuis 2018, le stationnement payant non réglé ne donne plus lieu à une contravention mais à un forfait post-stationnement (FPS). Or, comme l’indique Service-Public, selon les collectivités, « un ticket (papillon) est déposé sur le pare-brise du véhicule et/ou un avis de paiement est envoyé au titulaire du certificat d’immatriculation ». Un papier sur votre voiture n’est donc pas anormal partout.
Ce qui reste anormal, c’est qu’on vous demande de payer sur-le-champ en scannant un code. Le FPS se règle sur le site stationnement.gouv.fr, par téléphone au 0806 20 30 40, chez un buraliste agréé, par chèque à l’ordre du Trésor public ou au guichet d’un centre des finances publiques. Vous disposez de 3 mois à compter de la notification ; passé ce délai, une majoration s’applique, fixée à 20 % du montant impayé restant dû, avec un minimum de 50 euros. La contestation, appelée recours administratif préalable obligatoire (RAPO), doit être formée dans le mois suivant la notification et n’interrompt pas le délai de paiement.
Vous avez scanné et payé : les démarches à engager
La première étape est l’opposition. Contactez sans attendre votre banque, ou le serveur interbancaire au 0 892 705 705, joignable 24h/24. Vous obtiendrez un numéro d’enregistrement à conserver pour la suite. Changez ensuite les mots de passe des comptes concernés si vous en avez saisi, et conservez le faux avis ainsi que les captures d’écran : ce sont des preuves.
Vient ensuite le signalement. Pour un usage frauduleux de carte bancaire, la démarche en ligne Perceval, accessible depuis Service-Public via FranceConnect, délivre un récépissé à transmettre à votre banque. Vous pouvez aussi déposer plainte au commissariat ou à la gendarmerie, et utiliser la plateforme officielle 17Cyber.gouv.fr, gratuite, qui établit un diagnostic et oriente vers les bons interlocuteurs. Service-Public indique que la banque doit rembourser les sommes contestées immédiatement et au plus tard à la fin du premier jour ouvrable suivant la contestation, dans une limite de 13 mois après le débit, réduite à 70 jours pour une opération hors Espace économique européen. La banque peut toutefois refuser en cas d’opposition tardive ou de négligence grave de votre part. Enfin, un faux avis trouvé sur un pare-brise se signale aux forces de l’ordre, et un site frauduleux sur internet-signalement.gouv.fr.
Vos questions, nos réponses
J’ai scanné le QR code mais je n’ai rien saisi, est-ce que je risque quelque chose ?
Le simple fait d’ouvrir la page ne transmet pas vos coordonnées bancaires. Le risque naît quand vous renseignez un formulaire ou installez une application proposée par le site. Fermez la page, ne saisissez rien et surveillez vos relevés bancaires dans les jours qui suivent. Au moindre doute sur votre appareil, le diagnostic gratuit de 17Cyber.gouv.fr vous indiquera les vérifications à faire.
Comment savoir si j’ai réellement une amende à payer ?
Ne passez jamais par un lien ou un QR code reçu. Tapez vous-même l’adresse amendes.gouv.fr pour une contravention, ou stationnement.gouv.fr pour un forfait post-stationnement, et utilisez la référence de télépaiement figurant sur l’avis officiel reçu par courrier ou par courriel. En l’absence de tout avis officiel, il n’y a rien à payer. Le commissariat ou la brigade de gendarmerie peut aussi vous confirmer qu’un document est un faux.
Ma banque peut-elle refuser de me rembourser si j’ai été piégé ?
Oui, c’est possible. Selon Service-Public, la banque peut refuser le remboursement en cas d’opposition tardive ou de négligence grave de votre part. Le fait d’avoir communiqué volontairement des données à un site frauduleux peut être discuté sur ce terrain. Signaler la fraude et transmettre le récépissé obtenu renforce votre dossier, et un refus peut être contesté auprès du médiateur bancaire.