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Livret A à 1,7 % au 1er août 2026 : faut-il basculer vers le LEP ?

· Julien Juchereau

Pièces en euros débordant d’un bocal en verre, illustration de l’épargne réglementée

Le taux du Livret A passe à 1,7 % le 1er août 2026, contre 1,5 % depuis le 1er février. C’est sa première hausse depuis février 2023, après trois baisses consécutives. Dans le même temps, le Livret d’épargne populaire (LEP) reste à 2,5 % : voici ce que change ce nouvel écart de taux et comment vérifier si vous avez droit au LEP.

L’essentiel

  • Au 1er août 2026, le Livret A et le LDDS sont rémunérés à 1,7 %, contre 1,5 % entre le 1er février et le 31 juillet 2026.
  • Le LEP est maintenu à 2,5 %, alors que la formule de calcul aboutissait à 2,2 %. L’écart avec le Livret A reste donc de 0,8 point.
  • Les plafonds de versement ne bougent pas : 22 950 € pour le Livret A, 12 000 € pour le LDDS, 10 000 € pour le LEP.
  • Le LEP est réservé aux foyers dont le revenu fiscal de référence ne dépasse pas 23 028 € pour une part en métropole. D’après la Banque de France, des millions de personnes éligibles n’en ont toujours pas ouvert.

Le Livret A est un compte d’épargne réglementé par l’État, dont le taux, le plafond et le fonctionnement sont fixés par les pouvoirs publics et non par votre banque. Son argent reste disponible à tout moment, le capital est garanti et les intérêts échappent à l’impôt sur le revenu comme aux prélèvements sociaux. Son taux est révisé deux fois par an, au 1er février et au 1er août. Le ministère de l’Économie a annoncé le 15 juillet 2026 qu’il passerait de 1,5 % à 1,7 % au 1er août.

Ce qui change précisément au 1er août 2026

Trois produits d’épargne réglementée sont concernés. Le Livret A passe à 1,7 %. Le Livret de développement durable et solidaire (LDDS), qui suit mécaniquement le Livret A, s’aligne au même niveau. Le LEP, lui, ne bouge pas : il reste à 2,5 %, le taux qui s’applique depuis le 1er février 2026.

D’autres produits suivent. Selon les taux officiels relayés à la mi-juillet, le Compte épargne logement (CEL) remonte à 1,25 %, soit les deux tiers du taux du Livret A, le Plan épargne logement (PEL) reste à 2 % pour les plans ouverts à partir de cette date, et le Livret Jeune conserve un plancher fixé au taux du Livret A, soit 1,7 %. Sauf décision exceptionnelle, ces niveaux resteront en place jusqu’à la prochaine révision, prévue au 1er février 2027.

Pourquoi le taux remonte : la formule de calcul

Le taux du Livret A n’est pas décidé au hasard. Il résulte d’une formule qui combine deux ingrédients : la moyenne, sur les six derniers mois, de l’inflation hors tabac mesurée en glissement annuel, et la moyenne des taux interbancaires à court terme de la zone euro, l’indice €STR. Le résultat est arrondi au dixième de point le plus proche et ne peut pas descendre sous 0,5 %.

Pour le premier semestre 2026, l’inflation hors tabac ressort à 1,52 % en moyenne et l’€STR à 1,95 % de janvier à juin. La moyenne de ces deux composantes donne, après arrondi, 1,7 %. C’est donc une application stricte de la formule, sans coup de pouce. Le ministre chargé de l’Économie, Roland Lescure, a justifié la décision en déclarant : « Face à l’inflation contenue mais réelle, et aux incertitudes liées à la crise au Moyen-Orient, j’ai décidé de relever le taux du Livret A à 1,7 % ».

Première hausse depuis février 2023

La remontée met fin à une série de baisses. Le Livret A était rémunéré 3 % depuis le 1er février 2023, date de sa dernière hausse : il était alors passé de 2 % à 3 %. Il est ensuite redescendu à 2,4 % au 1er février 2025, puis à 1,7 % au 1er août 2025, puis à 1,5 % au 1er février 2026, son plus bas niveau depuis plusieurs années. Le mouvement d’août 2026 est donc bien la première hausse en trois ans et demi.

Cette hausse reste toutefois modeste. Sur un Livret A rempli au plafond de 22 950 €, le passage de 1,5 % à 1,7 % représente environ 46 € d’intérêts supplémentaires sur une année pleine. Que Choisir cite un exemple plus proche des encours réels : sur 7 500 € déposés, le gain annuel supplémentaire est de 6,25 €. Autrement dit, la nouvelle grille change peu de chose au quotidien d’un épargnant moyen.

Un rendement réel qui reste sous pression

Le vrai sujet n’est pas le taux affiché mais l’écart entre ce taux et la hausse des prix. Sur ce terrain, la situation reste défavorable. D’après Que Choisir, les prévisionnistes tablent sur une inflation de 2 à 2,5 % en France en 2026, avec un risque de dérapage jusqu’à 4 % si la crise du détroit d’Ormuz s’installe dans la durée. À 1,7 %, le Livret A resterait donc en dessous de l’inflation.

Conséquence : le rendement réel du Livret A et du LDDS, inflation déduite, devrait être négatif en 2026. Concrètement, l’argent laissé sur ces livrets perdrait un peu de pouvoir d’achat sur l’année, malgré la hausse. Cela n’enlève rien à leurs deux atouts, qui restent entiers : la disponibilité immédiate des fonds et la garantie du capital. Mais cela explique la décollecte observée sur l’épargne réglementée depuis le début de l’année.

Le LEP à 2,5 % : une décision, pas un calcul

Le maintien du LEP à 2,5 % est le point le plus intéressant de cette révision. Le taux du LEP obéit lui aussi à une règle : il correspond au plus élevé des deux montants suivants, le taux du Livret A majoré d’un demi-point, ou la moyenne sur six mois de l’inflation hors tabac. Avec un Livret A à 1,7 % et une inflation à 1,52 %, la formule aboutissait à 2,2 %.

Le gouvernement a choisi de déroger à ce calcul et de conserver 2,5 %. L’écart entre le LEP et le Livret A passe ainsi de 1 point à 0,8 point, mais il reste très supérieur au demi-point prévu par la règle. Le LEP demeure donc, de loin, le placement sans risque le mieux rémunéré parmi les livrets réglementés, et le seul dont le taux se rapproche de l’inflation attendue en 2026.

Qui a droit au LEP, et comment le vérifier

Le LEP est réservé aux personnes domiciliées fiscalement en France dont le revenu fiscal de référence ne dépasse pas certains plafonds. Pour 2026, en France métropolitaine, le site officiel Service-Public indique les seuils suivants : 23 028 € pour une part fiscale, 29 177 € pour 1,5 part, 35 326 € pour 2 parts, 41 475 € pour 2,5 parts et 47 624 € pour 3 parts, chaque demi-part supplémentaire ajoutant 6 149 €. Des plafonds plus élevés s’appliquent outre-mer.

Vous n’avez en principe rien à fournir : les banques interrogent directement l’administration fiscale pour contrôler l’éligibilité. Une seule personne ne peut détenir qu’un LEP, mais chacun des deux membres d’un couple marié ou pacsé peut avoir le sien. Si vos revenus dépassent les plafonds une année, le livret n’est pas fermé immédiatement : la clôture n’intervient qu’après deux années consécutives au-dessus des seuils. Selon le rapport annuel de la Banque de France sur l’épargne réglementée publié en juillet 2026, environ 11 millions de personnes détiennent un LEP alors que près de 19,5 millions y seraient éligibles.

Livret A ou LEP : les paramètres à comparer

Les trois livrets se cumulent : détenir un Livret A n’empêche pas d’ouvrir un LDDS et un LEP. La question n’est donc pas de choisir, mais de savoir dans quel ordre remplir. Les éléments objectifs sont les suivants. Le LEP rapporte 0,8 point de plus que le Livret A, il est tout aussi disponible et tout aussi exonéré d’impôt et de prélèvements sociaux, mais son plafond est bien plus bas : 10 000 €, contre 22 950 € pour le Livret A. À plafond atteint, 10 000 € placés sur un LEP à 2,5 % produisent 250 € d’intérêts sur un an, contre 170 € sur un Livret A à 1,7 %, soit 80 € d’écart.

Ces montants sont des ordres de grandeur, calculés sur une année pleine et à taux constant. Ils ne constituent pas un conseil personnalisé : la décision dépend de votre situation, de votre besoin d’épargne disponible et de vos autres placements. Deux limites méritent d’être connues avant de déplacer de l’argent. D’abord, l’éligibilité au LEP est réexaminée chaque année et peut se perdre. Ensuite, vider son Livret A pour remplir un LEP réduit la réserve immédiatement mobilisable si un imprévu survient, puisque le LEP est plafonné. En cas de doute sur votre situation fiscale ou patrimoniale, adressez-vous à votre banque ou à un professionnel.

Vos questions, nos réponses

Le nouveau taux de 1,7 % s’applique-t-il à l’argent déjà sur mon Livret A ?

Oui. Le taux du Livret A s’applique à l’ensemble du solde, pas seulement aux nouveaux versements. À partir du 1er août 2026, les intérêts sont calculés au taux de 1,7 % sur les sommes présentes sur le livret, selon la règle des quinzaines. Les intérêts des sept premiers mois de 2026 restent, eux, calculés à 1,5 %.

Dois-je fournir mon avis d’imposition pour ouvrir un LEP ?

En principe non. Les banques vérifient directement auprès de l’administration fiscale si votre revenu fiscal de référence respecte les plafonds. Votre établissement peut toutefois vous demander un justificatif si le contrôle automatique n’aboutit pas. L’ouverture nécessite un premier versement d’au moins 30 €, les versements suivants étant d’au moins 10 €.

Puis-je détenir en même temps un Livret A, un LDDS et un LEP ?

Oui, ces livrets sont cumulables. En revanche, vous ne pouvez détenir qu’un seul exemplaire de chacun. Pour le Livret A, la détention de deux livrets expose à une sanction fiscale de 2 % du solde du second livret, avec un minimum de 50 €, selon le site officiel Service-Public.

Julien Juchereau

Écrit par

Julien Juchereau

Julien Juchereau suit l’actualité de la consommation et décrypte les sujets qui pèsent sur le budget des ménages : énergie, banque, télécoms, logement, santé et droits des consommateurs. Il s’appuie sur les textes de loi et les sources officielles, et vérifie les démarches avant de les expliquer.

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