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Spéculation GameStop et jetons du jour : ce que les particuliers perdent vraiment

· Julien Juchereau

Particulier suivant la chute d’un cours en bourse sur son smartphone

Le scénario semblait rangé au rayon des souvenirs de 2021. Il est revenu ce week-end sur X : GameStop en tendance, des captures d’écran de plus-values éclair, et la cohorte habituelle de jetons crypto « du jour » promettant de multiplier la mise avant le café du matin. Lundi 3 août, l’action GameStop a pourtant plongé de plus de 10 % en préséance, à 19,30 dollars, un plus bas d’un an, avant de rebondir sur des rumeurs d’acquisition. Ce grand écart en dit long sur ce qui attend les particuliers qui montent dans le wagon. Les données de l’AMF et de la Banque des règlements internationaux permettent de chiffrer qui gagne, qui perd, et combien.

L’essentiel

  • GameStop a touché lundi 3 août 2026 un plus bas d’un an à 19,30 dollars après l’annonce d’un échange de 1,4 milliard de dollars d’obligations convertibles contre des actions, dilutif pour les actionnaires.
  • Sur le trading spéculatif (CFD, forex), l’AMF a mesuré plus de 89 % de clients perdants sur 4 ans, avec un résultat moyen négatif de 10 887 € par client.
  • Sur le bitcoin, la Banque des règlements internationaux estime que la majorité des utilisateurs d’applications crypto de 95 pays ont perdu de l’argent entre 2015 et 2022 ; l’investisseur médian de sa simulation perdait 431 dollars sur 900 investis.
  • Selon Solidus Labs, 98,6 % des jetons lancés sur la plateforme pump.fun relèvent du rug pull ou du pump-and-dump, un chiffre que la plateforme conteste.
  • Depuis le 1er juillet 2026, seuls les prestataires agréés MiCA peuvent servir des clients français, et un influenceur qui promeut un acteur non agréé risque 2 ans de prison et 300 000 € d’amende.

GameStop rejoue 2021, la dilution en plus

Ce qui a mis le feu aux poudres n’a rien d’un plan de conquête. GameStop a annoncé l’échange d’environ 1,4 milliard de dollars d’obligations convertibles (400 millions d’échéance 2030, 1 milliard d’échéance 2032) contre des actions nouvelles, une opération à boucler autour du 23 septembre 2026. Traduction pour l’actionnaire : sa part du gâteau rétrécit, et il restera malgré tout 2,8 milliards de dollars de dette convertible au bilan.

Le marché a d’abord sanctionné. Puis les rumeurs ont pris le relais : Ryan Cohen, le patron du groupe, a bâti une participation de 9,8 % dans eBay après une offre de rachat à 56 milliards de dollars rejetée en début d’année, et chaque bruit de couloir sur ses ambitions relance les achats spéculatifs. Le même lundi, AMC, l’autre titre fétiche de 2021, s’offrait un rebond de 6 % pendant que GameStop décrochait d’autant. Plus personne ne trade les fondamentaux, tout le monde trade l’histoire qu’on se raconte.

Plus de 89 % de perdants : le chiffre que l’AMF a mesuré, pas estimé

Sur ce genre de marché, le particulier français passe rarement par un courtier américain en actions. Il passe par des CFD, ces contrats à effet de levier qui répliquent le cours. L’AMF a étudié les comptes réels de 14 799 clients actifs chez les principaux courtiers du marché français, sur 4 années. Résultat : plus de 89 % de clients perdants, un résultat moyen négatif de 10 887 € par client, une médiane à 1 843 € de perte, et un trou cumulé de 161 millions d’euros. L’étude date de 2014, mais elle a justifié les restrictions européennes sur le levier toujours en vigueur.

Côté crypto, la Banque des règlements internationaux a reconstitué le comportement des utilisateurs d’applications d’échange dans 95 pays entre août 2015 et décembre 2022. Dans la quasi-totalité des pays, la majorité a probablement perdu de l’argent sur son bitcoin : dans la simulation de la BRI, un utilisateur investissant 100 dollars par mois ressortait, au médian, avec 431 dollars de perte sur 900 investis. Près de la moitié de la mise, sans arnaque, sans piratage : juste en achetant quand tout le monde achète.

Les jetons du jour transfèrent l’argent des derniers arrivés vers les premiers

Les « jetons du jour » qui accompagnent chaque regain de fièvre boursière obéissent à une mécanique encore plus dure. Sur pump.fun, la principale usine à memecoins de la blockchain Solana, environ 7 millions de jetons ont été lancés ; seuls 97 000 conservent au moins 1 000 dollars de liquidité, selon la société d’analyse Solidus Labs. La même étude classe 98,6 % des jetons lancés dans la catégorie rug pull ou pump-and-dump. La plateforme conteste la méthode et répond que ces jetons, comme les cartes à collectionner, n’ont simplement pas vocation à durer. L’argument vaut ce qu’il vaut : sur l’échangeur Raydium, 93 % des 361 000 pools de liquidité analysés présentaient des caractéristiques de soft rug pull, pour un butin médian de 2 800 dollars par opération.

Le jeu n’est pas équilibré. Les créateurs du jeton et les portefeuilles entrés dans les premières minutes captent l’essentiel des gains ; les particuliers qui arrivent après le tweet viral fournissent la liquidité de sortie. C’est un jeu à somme nulle, moins les frais. Quelqu’un encaisse votre perte.

Cas concret : 300 € sur le jeton du matin

Situation type. Mardi matin, un jeton lancé dans la nuit s’affiche en tendance avec « +900 % ». Un particulier y place 300 € vers 9 h, quand le graphique semble décoller pour de bon. Ce qu’il ne voit pas : ce pic est précisément le moment où les portefeuilles initiaux vendent. À midi, le jeton a perdu 70 % depuis son achat, la liquidité du pool fond, et vendre les 90 € restants coûte encore plusieurs points d’écart de prix. Verdict : 200 à 250 € partis en trois heures, dans le scénario où le jeton n’est pas une arnaque pure. Si c’en est une, la liquidité est retirée d’un coup et il ne reste rien à vendre.

Depuis le 1er juillet 2026, la publicité crypto est verrouillée en France

Le calendrier a son importance, car le cadre juridique vient de changer. La période transitoire du règlement européen MiCA s’est achevée le 30 juin 2026 : depuis le 1er juillet, l’enregistrement français PSAN ne suffit plus, et seuls les prestataires de services sur crypto-actifs agréés (PSCA) ou les établissements financiers ayant notifié leur activité peuvent légalement servir des clients en France. L’AMF et l’ESMA l’ont rappelé le 23 juin en demandant aux acteurs non agréés des plans de sortie ordonnée du marché, avec transfert des avoirs des clients.

La publicité suit le même verrou. L’article L. 222-16-1 du code de la consommation, dans sa version en vigueur depuis le 1er juillet 2026, interdit toute publicité électronique directe ou indirecte poussant un non-professionnel vers des services sur crypto-actifs, sauf si l’annonceur est agréé au titre de MiCA. L’amende administrative atteint 100 000 €, et elle vise toute la chaîne : annonceur, diffuseur, vendeur d’espace publicitaire.

Pour les influenceurs, la loi du 9 juin 2023 sur l’influence commerciale va plus loin : promouvoir un service crypto d’un acteur non agréé est un délit puni de 2 ans d’emprisonnement et 300 000 € d’amende, assorti le cas échéant d’une interdiction d’exercer l’activité d’influenceur. L’AMF et l’ARPP ont créé un « certificat de l’influence responsable » en finance pour ceux qui veulent rester dans les clous. Un compte X anonyme qui vous vend le jeton du jour ne l’a évidemment pas passé.

Vos réflexes avant de mettre un euro

Premier réflexe : vérifier le vendeur, pas le produit. Le registre des PSCA agréés est consultable gratuitement sur le site de l’AMF, avec les listes noires des sites frauduleux. Une plateforme absente du registre n’a plus le droit de vous servir ; si vous y détenez des avoirs, transférez-les sans attendre vers un prestataire agréé ou un portefeuille personnel. Deuxième réflexe : couper court à toute sollicitation entrante. Personne de sérieux ne vous appelle pour vous faire gagner de l’argent, et le scénario du faux conseiller qui vous « sécurise » commence souvent par une promesse de plus-value crypto. L’interdiction du démarchage téléphonique du 11 août est un motif de plus de raccrocher.

Troisième réflexe : dimensionner la mise. L’argent de la spéculation doit être de l’argent que vous pouvez perdre en totalité, ce qui exclut l’épargne de précaution ; celle-là dort mieux sur un Livret A ou un LEP, dont les taux d’août 2026 méritent un arbitrage. Et si vous repérez une promotion crypto manifestement illégale, signalez-la sur SignalConso : la brigade de l’influence commerciale de la DGCCRF instruit ces dossiers, et les sanctions tombent.

FAQ

Un influenceur a-t-il le droit de me recommander un jeton ?

Uniquement si l’acteur promu est agréé au titre du règlement MiCA. Dans tous les autres cas, la promotion est un délit passible de 2 ans de prison et 300 000 € d’amende. Un partenariat non déclaré aggrave son cas.

Comment savoir si une plateforme crypto est en règle ?

Consultez le registre des prestataires agréés sur amf-france.org. Depuis le 1er juillet 2026, l’ancien statut de PSAN enregistré ne permet plus d’exercer : seul l’agrément PSCA (ou une notification MiCA d’un établissement financier) compte.

Victime d’un rug pull, puis-je récupérer ma mise ?

Rarement, les fonds partant vers des portefeuilles anonymes. Déposez plainte, signalez à l’AMF (Épargne Info Service) et à la DGCCRF. En cas de virement obtenu par manipulation, contestez vite auprès de votre banque.

Julien Juchereau

Écrit par

Julien Juchereau

Rédacteur web d'actualité, Julien Juchereau suit l'actualité de la consommation et décrypte les sujets qui pèsent sur le budget des ménages : énergie, banque, télécoms, logement, santé et droits des consommateurs. Il s'appuie sur les textes de loi et les sources officielles, et vérifie les démarches avant de les expliquer.

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