Arnaques & alertes
Bloctel disparaît le 11 août : comment se protéger du démarchage
· Julien Juchereau
Le 11 août 2026, la liste d’opposition Bloctel ferme définitivement. Elle n’est pas remplacée par une nouvelle liste : c’est toute la logique du démarchage qui bascule. Voici ce qui change pour vous et, surtout, comment vous protéger des appels commerciaux à partir de maintenant.
L’essentiel
- Bloctel, la liste sur laquelle il fallait s’inscrire pour ne plus être appelé, ferme le 11 août 2026. Les inscriptions deviennent caduques.
- Le principe s’inverse : le démarchage téléphonique devient interdit par défaut, sauf si vous avez donné votre accord préalable (loi du 30 juin 2025).
- À partir de cette date, un appel commercial que vous n’avez jamais autorisé est en infraction : c’est un signal d’alerte à part entière.
- Pour signaler un démarchage abusif : SignalConso (DGCCRF) pour les appels, le 33700 pour les SMS et messages vocaux indésirables.
Le démarchage téléphonique désigne l’appel commercial passé à un consommateur pour lui vendre un produit ou un service qu’il n’a pas demandé. Pendant des années, la parade officielle s’appelait Bloctel : un service public gratuit sur lequel on inscrivait son numéro pour ne plus être sollicité. Ce système a mauvaise réputation, car beaucoup d’inscrits ont continué de recevoir des appels. Il vit ses derniers jours. Le 11 août 2026, Bloctel ferme, et une règle bien plus protectrice le remplace.
Ce qui disparaît le 11 août : la fin de Bloctel
La loi n° 2025-594 du 30 juin 2025 programme la fermeture définitive de Bloctel au 11 août 2026. À cette date, le service n’accepte plus d’inscription et les numéros déjà enregistrés cessent d’être pris en compte : votre inscription passée n’a plus d’objet. Il n’y a rien à faire pour « se réinscrire » ailleurs, car aucune nouvelle liste d’opposition ne prend le relais.
Jusqu’au 11 août, Bloctel reste en fonction : si vous êtes encore appelé d’ici là, l’ancien dispositif s’applique. Mais inutile de vous y inscrire aujourd’hui pour la première fois : la protection qui arrive ne repose plus du tout sur une démarche de votre part. C’est justement ce renversement qui constitue la vraie nouveauté.
Opt-out, opt-in : ce que le changement veut dire
Jusqu’ici, le démarchage fonctionnait « par opposition » (on parle d’opt-out) : une entreprise pouvait vous appeler tant que vous n’aviez pas manifesté votre refus en vous inscrivant sur Bloctel. La charge reposait sur vous, et le système fuyait de partout.
À partir du 11 août 2026, la logique s’inverse : c’est le consentement préalable qui devient la règle (l’opt-in). Le démarchage téléphonique est interdit, sauf si vous avez donné votre accord pour être appelé. Concrètement, une entreprise ne peut plus composer votre numéro « au cas où » : elle doit d’abord détenir votre autorisation. Quelques situations restent permises, notamment lorsqu’un contrat est déjà en cours entre vous et l’entreprise. Le détail de ces exceptions fait l’objet d’un autre article de notre site, « Démarchage téléphonique interdit le 11 août 2026 : les 3 exceptions ».
Un consentement qui ne se présume pas
Le texte encadre strictement ce fameux accord. Pour être valable, le consentement doit être libre, spécifique, éclairé, univoque et révocable. Autrement dit, il doit résulter d’un acte positif clair de votre part : une case déjà cochée à votre place, ou une mention noyée dans des conditions générales, ne suffit pas. Vous ne vous engagez pas « sans le savoir ».
Deux points jouent en votre faveur. D’abord, c’est au professionnel de prouver qu’il a bien recueilli votre accord, pas à vous de démontrer le contraire. Ensuite, ce consentement est révocable à tout moment : vous pouvez retirer votre autorisation quand vous le souhaitez, sans avoir à vous justifier, selon des modalités qui ne peuvent pas être plus compliquées que celles utilisées pour l’accorder.
Un appel non sollicité : les bons réflexes
C’est le réflexe le plus utile à intégrer dès maintenant. Après le 11 août, si une entreprise avec laquelle vous n’avez aucune relation vous appelle pour vous vendre des fenêtres, un contrat d’énergie, une formation ou un placement, elle est en principe dans l’illégalité. Un démarchage désormais interdit n’est pas seulement agaçant : il doit vous mettre en garde. Beaucoup d’arnaques (faux conseiller bancaire, fausse rénovation énergétique, faux compte formation) passent précisément par le téléphone, et les escrocs, eux, ne respectent aucune loi.
Face à un tel appel, quelques gestes simples vous protègent. Ne communiquez aucune information personnelle : ni coordonnées bancaires, ni numéro de sécurité sociale, ni identifiants, ni code reçu par SMS. Aucun organisme légitime ne vous demande ces éléments au téléphone dans l’urgence. Ne partez jamais du principe que l’interlocuteur est fiable parce qu’il connaît votre nom ou cite votre banque.
Évitez aussi de répondre « oui » à des questions vagues et ne validez rien oralement : certaines pratiques cherchent à enregistrer un accord de principe. Si l’appel vous met la pression (« offre valable aujourd’hui seulement »), c’est un motif de méfiance supplémentaire. Le plus sûr reste de raccrocher, de noter le numéro, puis de rappeler vous-même l’entreprise concernée via ses coordonnées officielles si vous avez un doute. Vous avez le droit de raccrocher sans explication.
Signaler un démarchage abusif
Signaler ne prend que quelques minutes et alimente les contrôles de l’administration. Pour un appel commercial abusif, la plateforme SignalConso (signal.conso.gouv.fr), gérée par la DGCCRF, est le bon canal : votre signalement remonte aux agents de la répression des fraudes, qui peuvent enquêter et sanctionner. Notez la date, l’heure et le numéro affiché avant de déclarer.
Le 33700, de son côté, est le service officiel de lutte contre les spams par SMS et les messages vocaux indésirables : vous y transférez gratuitement le SMS suspect, ou vous signalez le numéro. Distinguez donc les deux usages : SignalConso pour l’appel commercial non désiré, le 33700 pour les SMS et spams vocaux. Ces deux dispositifs sont bien ceux en vigueur aujourd’hui.
Bloquer les numéros et se méfier de l’usurpation
En complément du signalement, bloquez les numéros importuns : la plupart des smartphones permettent de bloquer un contact en quelques touches, et des applications de filtrage d’appels existent. C’est une protection immédiate, même si elle ne remplace pas le signalement, qui, lui, peut faire cesser la pratique à la source.
Attention toutefois à l’usurpation de numéro (le « spoofing ») : des appelants affichent un faux numéro, parfois celui d’une administration ou d’une banque, pour vous mettre en confiance. Un numéro affiché ne prouve donc jamais l’identité de l’appelant. Pour limiter le phénomène, les opérateurs français doivent depuis peu authentifier les numéros et masquer ceux, venus de l’étranger, qui ne peuvent pas l’être ; nous détaillons ces mécanismes dans nos articles consacrés au spoofing.
Ce que risquent les démarcheurs
La loi ne se contente pas d’interdire : elle sanctionne. Un professionnel qui démarche en violation des règles s’expose à une amende administrative pouvant atteindre 75 000 € pour une personne physique et 375 000 € pour une personne morale (une entreprise). Ces montants sont prononcés par la DGCCRF, sans passer par un juge.
Autre levier utile à connaître : un contrat conclu à la suite d’un démarchage téléphonique réalisé en violation de la loi est nul. Si vous avez signé sous la pression d’un appel illégal, vous pouvez faire valoir cette nullité et demander la restitution des sommes versées, le cas échéant avec l’aide d’une association de consommateurs. Là encore, gardez toute trace de l’appel et des documents signés.
Vos questions, nos réponses
Dois-je faire une démarche pour remplacer mon inscription à Bloctel ?
Non. Il n’existe aucune nouvelle liste sur laquelle s’inscrire. À partir du 11 août 2026, le démarchage est interdit par défaut : la protection s’applique automatiquement, sans action de votre part. Vos anciennes inscriptions à Bloctel deviennent simplement sans objet.
Une entreprise peut-elle encore m’appeler après le 11 août 2026 ?
Oui, dans certains cas seulement : si vous avez donné votre consentement préalable, ou si vous êtes déjà lié à elle par un contrat en cours et que l’appel porte sur l’objet de ce contrat. En dehors de ces situations, un appel commercial non autorisé est en principe illégal.
Que faire si je reçois un appel commercial que je n’ai pas autorisé ?
Ne donnez aucune information, ne validez rien oralement et raccrochez. Notez le numéro, la date et l’heure, puis signalez l’appel sur SignalConso. Si l’appel semble frauduleux ou usurpe l’identité d’un organisme connu, redoublez de prudence et ne rappelez jamais un numéro fourni par l’appelant lui-même.