Arnaques & alertes
Bus Bordeaux-Bayonne à 90 € pendant la coupure des trains : ce que dit la loi
· Julien Juchereau
Plus aucun train entre Bordeaux et le Pays basque pendant près d’une semaine. Sur cet axe où l’autocar restait la seule solution collective, des voyageurs ont découvert des billets affichés jusqu’à 90 € pour un simple Bordeaux-Bayonne, selon des constats de passagers relayés par la presse régionale le 31 juillet. Les lignes au départ de Bordeaux s’affichent pourtant « à partir de 7,48 € » sur le site de FlixBus, consulté le 01/08/2026. Douze fois plus cher, en quelques jours. La loi n’interdit pas cette flambée. Elle encadre en revanche très précisément ce que le transporteur vous doit ensuite.
L’essentiel
- La ligne Bordeaux-Hendaye est restée coupée depuis le 26 juillet à cause des incendies de Gironde (42 000 hectares brûlés selon le ministère de l’Intérieur) ; la circulation reprend progressivement depuis le 1er août.
- Des billets d’autocar Bordeaux-Bayonne sont montés jusqu’à 90 €, contre un prix d’appel à 7,48 € en temps normal.
- La tarification dynamique est légale : l’article L410-2 du code de commerce pose la liberté des prix, sauf décret temporaire du gouvernement (6 mois maximum).
- Sur les lignes de 250 km et plus, le règlement UE 181/2011 impose remboursement sous 14 jours ou réacheminement en cas d’annulation, plus 50 % du billet si ce choix ne vous a pas été proposé.
- La SNCF échange et rembourse sans frais jusqu’au 4 août inclus les billets des trains supprimés.
Une semaine sans trains, et l’autocar est devenu seul maître des prix
Retour sur les faits. Les incendies qui ont ravagé la Gironde, 42 000 hectares selon le bilan du ministère de l’Intérieur cité le 28 juillet, ont imposé des périmètres de sécurité sur les voies : TGV, Intercités et TER supprimés sur les axes Bordeaux-Hendaye et Bordeaux-Tarbes, ligne fermée depuis le dimanche 26 juillet. L’autoroute A63 a elle-même été coupée sur 60 kilomètres au plus fort du feu, avec un détour imposé par l’A62, l’A65 et l’A64.
Résultat : pour rejoindre Bayonne sans voiture, il restait le car. La demande s’est ruée sur une offre inchangée, et les algorithmes de tarification dynamique ont fait le reste. Ces systèmes ajustent le prix en continu selon le remplissage. Le car se remplit, le billet grimpe. Aucune intervention humaine, aucun plafond contractuel. Précision honnête : les montants cités correspondent à des relevés ponctuels de voyageurs, et ces prix changent d’heure en heure, impossible de reconstituer chaque tarif a posteriori.
Bonne nouvelle tout de même. Après inspection, SNCF Réseau n’a constaté « aucun dégât notable » sur les voies, et la circulation redémarre progressivement depuis le samedi 1er août, selon ici (France Bleu). Certains TER vers les Landes et le Pays basque restent supprimés ce week-end de chassé-croisé, où 1,2 million de voyageurs sont attendus.
Des billets à 90 € : légal, tant que l’État ne prend pas de décret
Le principe est brutal mais clair. Depuis l’ordonnance du 1er décembre 1986, les prix « sont librement déterminés par le jeu de la concurrence » : c’est l’article L410-2 du code de commerce. Un autocariste peut donc vendre 90 € un trajet qui en valait 8 la semaine précédente. Ni arnaque au sens pénal, ni pratique interdite en soi.
Une exception existe pourtant, taillée pour ce genre de circonstances. Le troisième alinéa du même article autorise le gouvernement à prendre, par décret en Conseil d’État, « des mesures temporaires motivées par une situation de crise, des circonstances exceptionnelles, une calamité publique ou une situation manifestement anormale du marché ». Durée maximale : six mois. Ce levier avait servi en mars 2020 pour plafonner le prix des gels hydroalcooliques. Au 01/08/2026, aucun décret de ce type n’a été pris pour le transport routier dans le Sud-Ouest.
Ce qui reste punissable, en revanche : les pratiques commerciales trompeuses. Fausse mention « plus que 2 places à ce prix », prix barré fictif, frais ajoutés au dernier écran de paiement. La DGCCRF peut enquêter et sanctionner ces procédés, quel que soit le niveau du prix affiché.
Le règlement européen 181/2011 protège votre trajet, pas votre porte-monnaie
Côté droits, tout se joue sur la longueur de la ligne. Le règlement UE 181/2011 réserve ses protections renforcées aux services réguliers dont la distance prévue atteint 250 km ou plus. Un Bordeaux-Bayonne isolé, moins de 200 km par la route, n’ouvre que des droits de base : information, non-discrimination tarifaire, assistance aux personnes handicapées. Le même siège vendu sur une ligne internationale qui marque l’arrêt à Bordeaux puis Bayonne avant de filer vers l’Espagne dépasse largement le seuil : le règlement retient la distance totale de la ligne, votre segment n’y change rien. La logique rappelle celle de l’indemnisation des vols annulés ou retardés, en moins généreux.
Sur ces lignes longues, vos droits sont précis. Car annulé ou retard de plus de 120 minutes au départ : le transporteur doit vous proposer le choix entre réacheminement sans frais et remboursement intégral sous 14 jours. S’il ne propose pas ce choix, il vous doit en plus une indemnité de 50 % du prix du billet, versée dans le mois. Et pour un trajet de plus de 3 heures retardé d’au moins 90 minutes, l’assistance s’ajoute : collations, repas, et jusqu’à deux nuits d’hôtel plafonnées à 80 € la nuit si le départ est reporté au lendemain.
Rien, en revanche, sur le niveau des prix. Le texte ne plafonne aucun tarif et n’oblige jamais un autocariste à rembourser la différence avec le prix habituel. Inutile de le réclamer sur ce fondement.
Cas concret : car annulé, billet à 90 €, ce que vous récupérez
Prenons une situation type. Vous avez payé 90 € un Bordeaux-Bayonne du 31 juillet sur une ligne internationale. Le car est annulé au départ. Le transporteur vous propose un réacheminement le lendemain : vous pouvez le refuser et exiger le remboursement des 90 € sous 14 jours. Il ne vous a offert ni réacheminement ni remboursement, juste un bon d’achat ? Réclamez les 90 € plus 45 € d’indemnité, soit 135 €. Un avoir ne remplace jamais le remboursement, sauf si vous l’acceptez expressément.
Autre cas : le car part avec 2 h 30 de retard sur un trajet prévu en 3 h 15. Repas et collations sont dus pendant l’attente. Gardez chaque justificatif : billet, captures d’écran horodatées du prix et de l’horaire, tickets des repas avancés. Sans preuve, pas d’indemnité.
Vos recours, dans l’ordre : transporteur, SignalConso, médiateur
Première étape, la réclamation écrite auprès du transporteur, dans les 3 mois suivant le trajet. Il dispose ensuite de 3 mois au maximum pour vous donner une réponse définitive. Formulaire en ligne ou courrier recommandé, peu importe : datez, chiffrez votre demande, joignez les preuves.
Sans réponse ou en cas de refus, deux leviers gratuits. SignalConso (signal.conso.gouv.fr), la plateforme de la DGCCRF, transmet votre signalement à la répression des fraudes : c’est l’outil adapté pour un prix jugé abusif, des frais cachés ou une indemnité refusée. Vient ensuite le médiateur de la consommation dont dépend le transporteur, obligatoirement indiqué dans ses conditions générales de vente, saisissable gratuitement. Le juge reste possible en dernier ressort, utile surtout au-delà de quelques centaines d’euros de préjudice.
Jusqu’au 4 août, la SNCF échange et rembourse sans frais
Si votre train a été supprimé pendant la coupure, la SNCF a prolongé l’échange et le remboursement sans frais jusqu’au 4 août inclus : ne laissez pas passer la date. La compagnie a aussi ajouté 9 000 places ce week-end pour contourner la zone, dont 6 750 sur l’axe Paris-Tarbes via Toulouse et 1 400 entre Tarbes et Bayonne, et des cars de substitution assurent certaines liaisons, selon ici (France Bleu) le 31 juillet. Pour transformer un avoir en argent, la marche à suivre est détaillée dans notre guide sur le remboursement d’un train supprimé ou en retard. Et si l’incendie a fait capoter tout votre séjour, pas seulement le transport, consultez vos droits quand un voyage est annulé à cause des incendies.
Un dernier réflexe avant d’acheter un billet de car au prix fort : vérifiez d’abord la reprise des trains sur votre trajet, ligne par ligne. Les prix des autocars redescendront avec la demande. Vous avez payé un tarif gonflé cette semaine ? Conservez la capture d’écran et signalez-la sur SignalConso : la DGCCRF ne peut agir que sur pièces.