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Canicule au travail : vos droits et les obligations de l’employeur

· Julien Juchereau

Canicule au travail : vos droits et les obligations de l'employeur

Il fait 38 °C dehors, presque autant dans l’atelier ou le bureau, et vous vous demandez ce que votre employeur doit faire. Depuis l’été 2025, un décret impose des obligations précises quand la chaleur devient dangereuse. Voici ce que vous pouvez attendre, ce que vous pouvez faire, et pourquoi il n’existe pas de température « couperet » qui autoriserait à tout arrêter.

L’essentiel

  • Le Code du travail ne fixe aucune température maximale légale au-delà de laquelle on cesse automatiquement de travailler.
  • Le décret n° 2025-482 du 27 mai 2025, en vigueur depuis le 1er juillet 2025, oblige l’employeur à agir dès la vigilance météo, pas selon le thermomètre.
  • Parmi les obligations : eau potable fraîche en quantité suffisante, adaptation des horaires et des pauses, information des salariés.
  • Le droit de retrait existe, mais seulement en cas de danger grave et imminent : ce n’est pas un droit de rentrer chez soi dès qu’il fait chaud.

La canicule au travail désigne la situation où la chaleur ambiante fait peser un risque sur la santé des salariés, que ce soit en extérieur, sur un chantier, dans un entrepôt ou derrière un bureau mal ventilé. Face à cela, la France a longtemps fonctionné avec une simple obligation générale de sécurité, sans règles détaillées. Cela a changé à l’été 2025. Un décret est venu préciser noir sur blanc ce que l’employeur doit organiser lorsque la chaleur monte. Cet article fait le point sur vos droits et ses obligations. Il ne constitue pas un conseil juridique personnalisé : pour une situation individuelle, rapprochez-vous du CSE, du médecin du travail ou de l’inspection du travail.

Non, il n’existe pas de température maximale légale

C’est l’idée reçue la plus tenace. Beaucoup pensent qu’à 34 ou 35 °C, la loi autorise à arrêter le travail. C’est faux. Le Code du travail ne fixe aucun seuil de température au-dessus duquel le travail serait automatiquement interdit. L’Institut national de recherche et de sécurité (INRS) est clair sur ce point : la réglementation ne définit ni température à partir de laquelle la prévention devient obligatoire, ni température au-delà de laquelle travailler serait interdit.

Les fameux repères de 28 ou 30 °C viennent de l’INRS, pas de la loi. L’INRS considère qu’un risque peut exister dès 30 °C pour une activité de bureau et dès 28 °C pour un travail physique. Ce sont des repères pour agir en prévention, pas des seuils d’arrêt. La température de l’air ne dit d’ailleurs pas tout : l’humidité, l’ensoleillement, l’effort physique, les vêtements de travail et l’état de santé de chacun comptent tout autant.

Le décret chaleur de 2025 : le vrai changement

Le texte de référence est le décret n° 2025-482 du 27 mai 2025, relatif à la protection des travailleurs contre les risques liés à la chaleur. Il est entré en vigueur le 1er juillet 2025. Sa grande nouveauté : il fait de la chaleur un risque professionnel à part entière, que l’employeur doit évaluer et prévenir, en intérieur comme en extérieur.

Autre point clé : le déclenchement des obligations ne dépend plus d’un chiffre affiché sur un thermomètre, mais des niveaux de vigilance de Météo-France. Un « épisode de chaleur intense » correspond aux vigilances jaune, orange et rouge du dispositif national de surveillance des vagues de chaleur. Dès la vigilance jaune, l’employeur est censé avoir prévu et mis en place des mesures adaptées. Le non-respect de ces obligations expose l’entreprise à des sanctions.

Eau, locaux, matériel : ce que l’employeur doit fournir

Première obligation très concrète : l’eau. L’employeur doit mettre à disposition de l’eau potable et fraîche en quantité suffisante, et la maintenir au frais à proximité des postes de travail. Sur les chantiers et dans le secteur forestier, lorsqu’il n’y a pas d’eau courante, le décret impose de fournir au moins trois litres d’eau par jour et par travailleur.

Les locaux de travail intérieurs doivent être maintenus à une température adaptée à l’activité. Les postes en extérieur doivent être aménagés pour protéger les salariés des intempéries, ce qui inclut le soleil. L’employeur doit aussi prévoir des moyens techniques utiles selon la situation : zones d’ombre, ventilateurs, pare-soleil, brumisateurs ou aménagement des espaces de repos. La loi n’impose pas une solution unique comme la climatisation : elle impose un résultat, protéger la santé, en laissant l’employeur choisir les moyens.

Horaires, pauses, chantiers : adapter l’organisation

Le décret demande à l’employeur d’adapter l’organisation du travail pour limiter la durée et l’intensité de l’exposition à la chaleur. Concrètement, cela peut passer par le décalage des horaires vers les heures les plus fraîches, la suspension des tâches les plus pénibles aux heures chaudes, ou l’allongement et la multiplication des temps de repos.

Le bâtiment et les travaux publics (BTP) et le secteur forestier sont particulièrement visés, car les salariés y travaillent souvent dehors, en plein soleil et avec un effort physique important. Pour ces métiers, le code du travail prévoit de longue date des mesures spécifiques, désormais complétées par le décret. L’information et la formation des salariés sur les risques de la chaleur et sur les gestes de prévention font aussi partie des obligations de l’employeur.

Le droit de retrait : ce qu’il permet vraiment

Le droit de retrait est réel, mais souvent mal compris. Il permet à un salarié de cesser son activité s’il a un motif raisonnable de penser qu’elle présente un danger grave et imminent pour sa vie ou sa santé. La chaleur peut entrer dans ce cadre, par exemple sur un poste très exposé où apparaissent des malaises. Mais la barre est haute : il faut un danger grave et imminent, pas seulement une gêne ou un inconfort.

Ce n’est donc pas un droit de rentrer chez soi automatiquement dès qu’il fait chaud. Le salarié doit d’abord alerter son employeur. Si le retrait est justifié, il ne peut entraîner ni sanction, ni retenue sur le salaire. Mais si l’exercice du droit de retrait n’est pas fondé, l’employeur peut le contester. En cas de doute, mieux vaut signaler la situation et se coordonner avec les représentants du personnel plutôt que quitter son poste seul.

Alerter et se faire aider : les bons interlocuteurs

Vous n’êtes pas seul face à une situation de chaleur excessive. Le premier réflexe est de prévenir votre employeur, par écrit si possible, pour garder une trace. Vous pouvez aussi saisir le comité social et économique (CSE) de l’entreprise, qui peut déclencher une alerte en cas de danger grave et imminent et demander une enquête.

Le médecin du travail peut être sollicité, notamment si vous avez une fragilité de santé qui rend la chaleur plus dangereuse pour vous. Enfin, l’inspection du travail peut être alertée lorsque l’employeur ne respecte pas ses obligations. Ces recours se cumulent : signaler à l’employeur n’empêche pas de saisir ensuite le CSE ou l’inspection si rien ne bouge.

Coup de chaleur : reconnaître les signes et réagir

La chaleur peut provoquer deux situations différentes. L’épuisement lié à la chaleur se traduit par une fatigue, des maux de tête, des vertiges, des nausées et une transpiration abondante, avec une température corporelle comprise entre 38 et 40 °C. Le coup de chaleur est une urgence vitale : la température du corps dépasse 40 °C, la peau devient souvent chaude et sèche car la transpiration s’arrête, et surviennent des troubles de la conscience, une confusion, un délire, des convulsions voire une perte de connaissance.

Selon l’Assurance maladie, face à un coup de chaleur il faut appeler immédiatement les secours en composant le 15 ou le 112, sans attendre. En attendant, on installe la personne au frais, on la déshabille, on l’asperge d’eau fraîche et on la fait boire si elle est consciente. Cet article n’est pas un avis médical : au moindre doute sur l’état d’une personne, contactez les secours.

Vos questions, nos réponses

À partir de quelle température a-t-on le droit d’arrêter de travailler ?

Il n’existe aucune température légale de ce type. Ni 34 °C, ni 35 °C ne déclenchent un droit d’arrêt automatique. Les repères de 28 et 30 °C cités par l’INRS servent à agir en prévention, pas à interrompre le travail. Un arrêt n’est possible que par le droit de retrait, en cas de danger grave et imminent, ou sur décision de l’employeur.

Mon employeur est-il obligé d’installer la climatisation ?

Non. Le décret de 2025 impose de protéger la santé des salariés, mais laisse l’employeur choisir les moyens. La climatisation n’est qu’une option parmi d’autres : ventilation, zones d’ombre, brumisateurs, adaptation des horaires ou des pauses peuvent suffire. Ce qui est obligatoire, c’est le résultat, pas un équipement précis.

Puis-je rentrer chez moi si mon bureau est trop chaud ?

Pas de votre propre initiative sans précaution. La forte chaleur d’un bureau n’ouvre pas, à elle seule, un droit de partir. Le droit de retrait suppose un danger grave et imminent. Le bon réflexe est d’alerter votre employeur et le CSE, de demander des mesures concrètes, et de vous rapprocher du médecin du travail si votre santé le justifie.

Julien Juchereau

Écrit par

Julien Juchereau

Rédacteur web d'actualité, Julien Juchereau suit l'actualité de la consommation et décrypte les sujets qui pèsent sur le budget des ménages : énergie, banque, télécoms, logement, santé et droits des consommateurs. Il s'appuie sur les textes de loi et les sources officielles, et vérifie les démarches avant de les expliquer.

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